Chaque communauté évangélique est aujourd'hui appelée à côtoyer non seulement les autres Églises chrétiennes, mais bien des communautés appartenant à d'autres religions. Quelle attitude avoir à leur égard ? Le souci d'annoncer l'Évangile oblige-t-il à la confrontation ou d'autres relations, plus apaisées, sont-elles possibles ? L'enjeu est important dans la pratique, mais il suppose aussi toute une théologie des autres religions. Le pasteur Richard Gelin, de l'Église baptiste de l'avenue du Maine à Paris, est intervenu sur ce thème lors d'une session de l'École Pastorale en avril 2008. C'est son exposé remanié que nous vous proposons dans cet article.
Si l’opportunité se présente, ne vous privez pas de regarder le court-métrage (15 mn) de Kartik Singh, intitulé : « Saving Mom and Dad »(1). Ce film peut être le support d’un intéressant échange par les nombreuses questions qu’il soulève. C’est le récit de la conversion d’un jeune garçon, fils d’un couple sikh installé aux États-Unis. Ses parents soucieux de son éducation l’ont inscrit dans la meilleure école de la ville qui se trouve être un établissement baptiste. Là, l’enfant devient désireux « d’aller au paradis » et demande à l’aumônier d’être baptisé. Cette demande comble de joie celui-ci et représente le summum de son service. Sans avertir, il se présente chez les parents pour les informer de ce baptême et leur annoncer que la Bonne Nouvelle est aussi pour eux.
L’incompréhension réciproque est totale. L’enfant, lui, se retrouve déchiré entre sa fidélité et son amour envers ses parents, son désir fort de leur propre salut pour lequel leur baptême est indispensable, et son attachement à cet enseignant et à ce que son discours a suscité. Cet excellent court-métrage témoigne d’une non-rencontre, d’une non-relation entre deux univers religieux, baptiste et sikh. Il interroge les chrétiens sur la compréhension du salut et le « non-sens » de l’idée d’un salut pour d’autres cultures. Cette autobiographie de Kartik Singh, témoigne de l’échec d’une rencontre. Dans ce film, jamais le pasteur ne cherche à comprendre la profondeur de la réalité de l’attachement religieux de ce couple et de l’identité qu’ils en reçoivent. Il est probablement incapable de comprendre cela. Leur religion n’est pour lui qu’une opinion, qu’une tradition superficielle dont on peut facilement changer. Les parents sont sans substance à ses yeux. Il leur parle comme il aurait parlé à n’importe qui d’autre, avec les mêmes mots, sans se poser la question si ce qu’il exprime a le moindre sens pour eux. Il veut leur annoncer l’Évangile sans aucunement s’intéresser à eux.
Voici peu, être confronté aux autres religions était l’apanage de grands voyageurs et, parmi ceux-ci, était la figure centrale du « missionnaire » précisément envoyé vers des peuples et des cultures non christianisés. Le monde a changé. Le développement des transports, la « mise au regard » par les médias d’autres faces riches et abondantes de la réalité du monde, conjuguées à l’effet des guerres et de la pauvreté ont provoqué et encouragé de grandes migrations à l’échelle planétaire. Les religions hier lointaines sont aujourd’hui à notre porte en particulier pour ceux qui résident dans les grands centres urbains. Chacun peut se trouver quotidiennement, par le voisinage, par le biais du monde associatif, par le travail, etc., au contact d’hommes et de femmes pratiquant des religions non chrétiennes. C’est un nouvel état du...
Cet article est réservé à nos abonnés
Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour
poursuivre votre lecture !