Le titre de cette réflexion a servi de thème à un week-end de l’Église Baptiste de l’avenue du Maine à Paris, animé par le pasteur Louis Schweitzer. La première partie est centrée sur notre relation à Dieu, la seconde sur la dimension communautaire et fraternelle de l’Église.[première partie]
I – LAISSER DIEU ÊTRE DIEU
Le titre choisi peut surprendre. Mais, dans ce premier exposé, je voudrais pouvoir esquisser ce qui me semble sans doute à la fois l’essentiel et le point de départ. Nous croyons que Dieu est Père, qu’il est Fils en Jésus-Christ et présent et actif parmi nous par le Saint-Esprit. Nous le croyons tous et nous sommes certainement capables, les uns et les autres, de dire là-dessus des tas de choses justes et intelligentes. La question est de savoir si nous prenons tout ce que nous disons au sérieux; en d’autres termes, si nous prenons Dieu au sérieux. Je suis persuadé que le développement de notre vie spirituelle, qu’elle soit personnelle ou communautaire dépend largement de cela. Ce que nous pensons sur Dieu, le pensons-nous vraiment? Bien sûr, il y aura ensuite des conséquences pratiques sur lesquelles nous reviendrons; elles concernent notre approche de l’Écriture comme de la prière par exemple. Mais elles sont directement liées à cette question première: laissons-nous Dieu être Dieu, prenons-nous au sérieux ce que la Bible dit et ce que nous croyons sur Dieu?
Le modèle trinitaire
Rassurez-vous, je ne veux pas faire de la haute théologie, mais simplement rappeler des choses essentielles. Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit. Cette Trinité est l’idée la plus haute que nous pouvons nous faire de Dieu. Or, elle est avant tout relation entre le Père, le Fils et l’Esprit, et relation d’amour. Et cette relation en Dieu même est le modèle de notre propre relation avec lui et entre nous. «Ce n’est pas pour eux (les disciples) seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé» (Jn 17.21). Nous allons essayer de creuser un peu ces questions et il faut que nous gardions à la mémoire qu’elles présentent toujours une dimension verticale (notre relation avec Dieu) et une dimension horizontale (les conséquences pour notre relation fraternelle).
Laisser Dieu être un Père pour nous
Il ne s’agit pas de refaire le catéchisme, de vérifier ce que nous sommes censés penser sur Dieu. Mais de nous examiner intérieurement pour savoir ce que nous pensons vraiment. Qu’est-ce que «penser vraiment»? Au fond, c’est tout simple. Si je pense et dis que je n’ai pas peur de l’orage, mais que je me cache dès que le premier coup de tonnerre retentit, est-ce que je pense vraiment ce que je dis? Probablement pas… Reconnaissons que le mot Dieu est pour nous difficile à concevoir. Nous disons qu’il est le créateur des cieux et de la terre, c’est-à-dire de l’univers tout entier.
Imaginez l’univers tel que vous pouvez l’entrevoir à travers ce que vous savez de l’astronomie ou l’astrophysique. Dieu est le créateur de tout, c’est-à-dire qu’il est au-delà, bien au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir. Il est aussi le créateur du temps qui est une des dimensions de l’univers. Et quand je dis qu’il est au-delà, nous ne savons en rien combien il peut l’être, ni sérieusement ce que cela veut dire. Notre imagination ne peut que balbutier devant cette perspective infinie. Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela, alors que vous attendiez des choses pratiques? Pour vous rappeler, pour nous faire comprendre que nous ne pouvons pas mettre Dieu dans une petite boîte. Et pourtant, c’est souvent ce que nous faisons. Nous imaginons un Dieu sympa qui nous protège plus ou moins (je dis plus ou moins car nous savons bien que cela ne marche pas à tous les coups). En gros, il ne nous embête pas trop, nous laisse mener assez tranquillement notre petite vie et nous espérons qu’il répondra quand nous aurons besoin de lui. Il le fait d’ailleurs de temps en temps. Certains en rendent témoignage le dimanche au culte. Mais nous savons bien que parfois il ne répond pas. Et nous ne faisons donc appel à lui qu’en désespoir de cause. Je caricature certainement, mais je reconnais parfois ces choses-là en moi. Difficile, dans ce cas, de dire que Dieu représente effectivement quelque chose d’important pour nous… Nous savons bien que ce que la Bible dit, ce qui est prêché à l’Église, ce que nous sommes censés penser, mais ça n’a au fond que peu d’importance. Nous n’y croyons pas tout à fait.
Et justement, qu’est-ce que la Bible dit? Elle nous dit, vous le savez aussi bien que moi, que ce Dieu tout-puissant, inimaginable, au-delà de tout ce que nous pouvons penser, connaît, et d’une certaine manière dirige toutes choses dans ce monde. Je dis «d’une certaine manière», car il n’est pas responsable du péché ni du mal. Et c’est là que la perspective devient effectivement extraordinaire. Dans les choses dont il s’occupe, il y a les galaxies les plus lointaines, les trous noirs et toutes ces choses que nous ne comprenons pas très bien pour la plupart d’entre nous, mais qui nous fascinent quand nous entendons des spécialistes nous parler de l’univers. Il y a aussi l’histoire des hommes, bien que d’une manière plus compliquée car nous, les hommes, nous ne lui facilitons pas la tâche. Mais le plus extraordinaire, c’est encore autre chose, c’est qu’il s’intéresse à nous. Je ne veux pas dire à l’Église en général, partout dans le monde. Bien sûr qu’il s’intéresse à elle. Je ne dis pas non plus l’Église de l’avenue du Maine. Bien sûr qu’elle l’intéresse. Non, je veux parler de nous, de moi, de toi, de chacun d’entre nous en particulier. C’est ça le plus extraordinaire: ce Dieu qui est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer et penser, s’intéresse à...
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