Il est des passages dans la Bible qui ne sont jamais utilisés pour la prédication, soit par négligence, soit parce que nous avons du mal à les concevoir comme une parole du Seigneur pour édifier l’assemblée des croyants aujourd’hui. Parmi ces passages « oubliés » des prédicateurs figurent, notamment, les textes de terreur. Comment construire un message à partir de tels textes ? Voilà le défi relevé par Emma Sykes. Au moment de rédiger son article, Emma Sykes était encore en formation pour le ministère anglican à la Faculté de Théologie St John à Nottingham. En ce moment, elle exerce le ministère pastoral dans une paroisse du centre ville de Birmingham.
La version originale de cet article est parue dans The Preacher Magazine, un journal britannique rédigé par un collectif de prédicateurs. Nous vous en proposons une traduction française, car il revêt un intérêt particulier pour chaque prédicateur soucieux de transmettre « tout le conseil de Dieu ».
Une des tâches faisant partie du cours d’Histoire Biblique à la faculté de théologie était de réécrire un récit de l’Ancien Testament en l’adaptant à un contexte contemporain. J’avais été particulièrement fascinée par les « textes de terreur » de Phyllis Trible et je me suis mise au défi de trouver ce que pourrait nous apporter ce genre de textes aujourd’hui. Pourquoi ont-ils été inclus dans l’Ancien Testament ? A-t-on jamais eu l’occasion d’utiliser de tels textes de manière efficace dans une prédication ? Le récit de Juges 19 a touché une corde sensible en moi, parce qu’il m’a fait penser à la façon brutale dont on s’est servi des femmes en période de guerre. Des échos du génocide du Rwanda me sont revenus en mémoire. Le plus grand défi devant moi était de rester fidèle au texte biblique tout en racontant une histoire authentique. La seule information que j’aie reçue du Rwanda provenait de ce que j’avais lu ou entendu dans les médias. J’ai alors passé beaucoup de temps à chercher des récits sur Internet pour pouvoir écrire l’histoire la plus « authentique » possible.
J’ai fait le choix de faire la narration comme si le personnage principal du récit (une femme) parlait depuis l’au-delà, afin de donner une voix à cette femme sans voix, d’amener le lecteur à s’engager émotionnellement, de susciter son indignation, et à son tour de ressentir une soif de justice dans une situation si injuste. Je pense que ces textes se trouvent dans l’Ancien Testament justement pour cette raison ; Dieu veut nous rappeler les profondeurs de l’abîme dans lesquelles l’être humain est capable de s’engouffrer lorsqu’il s’éloigne de lui. Un récit contemporain nous rappelle que ces situations horribles existent encore de nos jours.
Cette narration n’a pas encore été présentée publiquement de façon orale. J’espère qu’un jour elle le sera, car dans mon ministère actuel, j’entre quelquefois en contact avec des femmes demandeuses d’asile qui ont une expérience réelle de la brutalité de...
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