Collégialité et autorité (I) – aspects théoriques

Vie et gestion de l'Église

Comment l’autorité s’exerce-t-elle dans l’Église ? Cette question est d’autant plus pertinente que les Églises évangéliques attachent, en général, beaucoup de valeur à la collégialité. Bien que nous connaissions des pasteurs « solistes », qui se comportent comme des hommes à tout faire, et des pasteurs « grands patrons » qui se présentent comme les « autorités spirituelles uniques et suprêmes » dans l’Église, nous sommes nombreux à considérer que ces situations ne correspondent pas à l’enseignement du Nouveau Testament tel que nous le comprenons. Par conséquent, la collégialité est une valeur importante. En même temps, le ministère du pasteur occupe une place centrale dans la grande majorité de nos Églises.
Nous allons réfléchir à ces sujets sous le titre : « collégialité et autorité : une gouvernance au service de l’Église », à commencer par les aspects théologiques. Dans le chapitre suivant, nous aborderons les aspects pratiques.


Introduction

Collégialité, autorité, gouvernance et service : chacun de ces mots pris individuellement pourrait constituer un programme entier et faire l’objet de longs développements. Mais l’intérêt, ici, est de les mettre ensemble et d’essayer d’en montrer l’articulation. On pourrait les regrouper en deux binômes : autorité/gouvernance et service/collégialité.
Cet arrangement permet de mettre en valeur une certaine tension entre la dimension relationnelle de l’Église, exprimée par les mots service et collégialité, et sa dimension institutionnelle, reflétée dans les mots autorité et gouvernance.
L’Église comporte en effet un double aspect : elle est à la fois un corps spirituel, constitué par l’Esprit Saint, et un corps social, une réalité humaine qui doit être conduite, dirigée, administrée, gouvernée.
Comment doit-être gouverné un corps qui est à la fois spirituel et social ?
Comment l’autorité s’exerce-t-elle au sein de ce corps ?
Comment les décisions doivent-elles être prises ?
Ces questions, qui tournent autour de l’articulation du double aspect de l’Église, se sont toujours posées et beaucoup de modèles ont été proposés tout au long de l’histoire.

La collégialité : un mot magique ?

Tous les théologiens qui ont réfléchi à la gouvernance de l’Église sont d’accord pour affirmer qu’elle est une christocratie ou une pneumatocratie, c’est-à-dire qu’elle est gouvernée par Christ ou par son Esprit. L’Église est le corps du Christ. C’est lui qui est la tête de son corps, c’est-à-dire le chef. L’Église n’est donc ni une autocratie (système dans lequel le pouvoir est détenu par une seule personne), ni une oligarchie (un groupe de personnes détient l’autorité), ni même une démocratie (le pouvoir appartient au peuple).
Toute la difficulté est alors de savoir quelles sont les structures qui permettent à l’Église de fonctionner au mieux comme une christocratie.
La solution serait-elle que la gouvernance de l’Église doit être collégiale ?
La collégialité serait-elle le mot magique qui permettrait de résoudre toutes ces difficultés ?
Serait-ce le maître mot qui permettrait de se prémunir à la fois contre les dérives autocratiques du pastorat monarchique et clérical et contre la passivité ou le manque d’engagement de certains membres d’Églises ?
Cet accent sur la collégialité serait-il un effet de mode ?
En parlant autant de collégialité, l’Église n’aurait-elle pas simplement pris acte de l’évolution des mentalités et même intégré les modèles de gouvernance d’aujourd’hui ?
En mettant en valeur la notion de collégialité, est-ce un réalisme pragmatique qui nous anime ou plutôt un souci de fidélité à l’Écriture ?
Le mot collégialité est en effet à la mode.
L’égalitarisme contemporain est mal à l’aise avec toute notion de hiérarchie. Les hiérarchies sont récusées dans de nombreux endroits où l’on met en place des modèles participatifs de gouvernance.
On parle de plus en plus dans le monde de l’entreprise de « management participatif » qui passe par la rationalisation, la spécialisation, la concentration et le regroupement des compétences. Par ailleurs, dans les Églises, on parle de plus en plus de collégialité, ou parfois même, de coresponsabilité.

Mettre l’accent sur le leadership

Toutefois, la valorisation de la collégialité n’est pas le seul élément à prendre en compte pour brosser un tableau plus complet de la situation ecclésiale contemporaine.
L’accent est mis aussi sur le leadership. Je cite les toutes premières phrases d’un livre sur le sujet, écrit par le théologien baptiste Paul Beasley-Murray, dans les années 1960 :

Le leadership est une priorité centrale dans les Églises d’aujourd’hui. La prédication est importante, le culte est important, la cure d’âme, l’évangélisation, l’action sociale, toutes ces choses doivent avoir une bonne place dans l’agenda (de l’Église). Mais en premier vient le leadership((Paul Beasley Murray, Dynamic leadership, Inter-Varsity Press, Nottingham, 2005, p. 9.)).

L’auteur continue en affirmant que les Églises ont besoin, non pas d’augmenter le nombre de leurs membres, mais celui de leurs leaders.
Plus récemment, un autre auteur évangélique, Michel Evans, a défini le leadership comme « la capacité d’un individu à influencer et à conduire d’autres personnes ou organisations dans le but d’atteindre certains objectifs »((Michel Evans, « Leadership », Dictionnaire de théologie pratique, s. dir. C. Paya, Excelsis, 2012.)). Le leader, selon lui, est « un meneur, un dirigeant de terrain, capable de guider, d’influencer et d’inciter à l’action, il sait formuler une vision claire qui motive et enthousiasme son entourage »((Ibid.)).
Le leader semble aussi être très recherché dans les Églises. Un leader c’est quelqu’un qui a une vision claire pour l’Église, qui sait la communiquer, enthousiasmer, motiver, rassembler, fédérer autour d’un projet, etc.
On lit souvent que les Églises ont besoin de tels pasteurs, c’est-à-dire de bons leaders.
Beaucoup d’auteurs, notamment du courant de la croissance de l’Église, Peter Wagner par exemple, insistent sur le lien étroit entre un leadership fort et la croissance de l’Église.

Dans nos communautés locales, comme dans les structures nationales et régionales de nos Églises, nous sommes donc devant deux défis : valoriser la collégialité d’une part et valoriser le leadership d’autre part. On pourrait penser que les deux notions sont en tension mais on constate qu’elles ne sont pas présentées comme antinomiques parce qu’il y a eu une évolution de la notion de leadership.
Le modèle du leader « grand patron », même s’il existe dans certaines Églises, semble de moins en moins mis en avant.
Si autrefois le leader était l’homme avec les pleins pouvoirs et l’autorité, celui qui commandait et décidait de tout, aujourd’hui, comme l’écrit Michel Evans :
Le leader est surtout perçu comme un « facilitateur », quelqu’un qui permet aux autres de réaliser leurs ambitions et qui met l’accent sur la dynamique du groupe ; bref, il est une personne ressource qui est davantage préoccupée par le travail en équipe. Le leadership se définit moins aujourd’hui sur la base de l’individu qu’en fonction du groupe((Cf. P. F....

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#16 - 4e trimestre 2014

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