Comprendre et rejoindre la Génération Y

Diversité culturelle
Née entre 1981 et 1995, la Génération Y constitue aujourd’hui les « jeunes adultes » de nos assemblées. Mais quelles sont les spécificités de cette génération ? Qu’est-ce qui la distingue de la Génération X qui l’a précédée ? Sans jamais tomber dans des généralisations trop caricaturales, Nathalie Perrot nous invite à la découverte d’une génération complexe, mais pleine de vie. Une génération qui impacte en profondeur et durablement la société. Elle mérite que nous apprenions à comprendre ses ressorts, au lieu de présumer qu’elle fonctionne, pense et agit comme les générations précédentes. Pour la rejoindre avec la Parole de vie qu’est l’Évangile, l’Église ne peut se permettre d’ignorer ces évolutions. Mais, plus encore, dans la société d’aujourd’hui comme dans celle de demain, l’Église ne peut se priver des nombreux apports de la Génération Y.

« Génération Y ». Jetons un peu de lumière sur cette expression pour le moins énigmatique. Le mot génération, lorsqu’on l’utilise dans son sens sociologique et non généalogique, dépend plus du contexte historique et géopolitique que de la hiérarchie familiale. Dans une même génération, se glissent alors tous les individus qui partagent une même histoire dans un contexte sociétal similaire. Les générations sociologiques sont parfois plus longues, parfois plus courtes que les générations généalogiques que nous avons pris l’habitude de compter en quart de siècle. Sous la désignation « Y » se cache une double signification. D’une part, elle décrit l’ensemble des personnes qui suit la génération précédente, la « Génération X ». D’autre part, elle met le doigt sur l’une de leurs spécificités : le questionnement incessant. En anglais, la lettre Y se prononce « why », ce qui signifie « pourquoi ». Ainsi, les membres de la Génération Y sont d’emblée présentés comme d’éternels interrogateurs : « Pourquoi telle habitude ? », « Pourquoi dois-je accomplir tel acte ? », etc.

Dans la Génération Y, on range tout individu né entre 1981 et 1995, bien que ces dates soient légèrement différentes d’un sociologue à un autre. Les membres de la Génération Y, que nous désignerons dans la suite de l’article par la contraction « GenY », ont donc aujourd’hui entre 20 et 35 ans. Pour mettre en avant l’une ou l’autre de leurs caractéristiques, on leur a aussi attribué les sobriquets suivants : Génération du Millénium, Génération Full Cool, Génération Yo, Génération Sacrifiée ou encore, chez nos amis anglophones, les Digital Natives((Que l’on pourrait traduire par génération « issue du numérique », ce qui met l’accent sur leur aspect connecté voire ultra connecté.)).

Cette génération, nous la percevons comme insoumise, rebelle, égocentrique, instable. Mais la connaissons-nous vraiment ? Dans nos Églises, arrivons-nous à travailler avec elle et à lui donner une place ? Ou bien les GenY sont-ils voués à déserter nos Églises ? L’auteure de cet article, pasteure jeunesse elle-même issue de la Génération Y, propose un tour d’horizon des caractéristiques des GenY avec l’ambition de permettre au lecteur de réussir à comprendre qui ils sont. Dans la deuxième partie de l’article, des conseils plus concrets en lien avec la pratique du ministère seront également présentés. Tous ces éléments théoriques et pratiques ne sauront se montrer efficaces qu’accompagnés d’une prière persévérante pour les membres de nos Églises issus de la Génération Y.

X, Y, Z

La Génération Y, comme son nom l’indique, fait suite à la Génération X, et avant elle aux Baby-Boomers et à la Génération Silencieuse. Après elle vient la Génération Z, de laquelle nous ne connaissons que peu de choses encore. Chacune de ces générations a été forgée par le contexte dans lequel elle a grandi. Les directions politiques, l’exemple des parents, l’enseignement scolaire, les mouvements de la culture : tous ces éléments ont fait des GenY et des autres ce qu’ils sont aujourd’hui. Le tableau ci-dessous tente de relever les caractéristiques sociétales qui semblent avoir eu une incidence sur chaque génération.

Génération
Silencieuse
Baby-Boomers Génération X Génération Y
Naissance 1901 – 1945 1946 – 1961 1962 – 1980 1981 – 1995
Contexte Grands dangers
(guerres mondiales, dépressions économiques)
Croissance économique, plein emploi, liberté sexuelle Crise économique, effondrement des valeurs, crise de l’emploi, éclatement de la famille, nouveaux dangers ponctuels (chômage, sida, Tchernobyl) Révolution de l’informatique et de la technologie, études prolongées, parents travailleurs (et donc absents)
Mot d’ordre Conserver
(biens, relations, travail, culture)
Devoir
(travail, couple, famille)
Avoir
(job, statut, famille)
Vivre
(équilibre vie privée/pro, voyages)
Caracté-ristiques Engagement sur le long terme, confiance dans les autorités/la hiérarchie, grande solidarité Recherche du plan de carrière, mise en valeur de l’estime de soi Début de la libération des mœurs, omniprésence de la désillusion Capacité à s’adapter aux technologies, besoins immédiats, enfant-roi
Religion Fait partie intégrante de la vie Fait partie intégrante de la vie En réaction contre l’Église (scandales médiatiques) Libérés pour faire leurs propres recherches

Si d’une génération à une autre un changement se fait sentir, il est d’autant plus marqué entre les Baby-Boomers et la Génération Y comme on le voit dans le tableau. Entre ces deux générations, on passe d’une mentalité altruiste (« Je pense aux autres ») à une mentalité égocentrée (« Je pense à moi »). Ce changement de paradigme très fort bouleverse tellement de domaines dans la vie des individus qu’il explique largement les tensions que l’on retrouve souvent dans les relations intergénérationnelles, que ce soit en entreprise, en société, dans la vie privée ou dans Église.

Comme pour chaque génération, l’environnement dans lequel les membres de la Génération Y ont grandi joue un rôle capital. L’histoire, la culture, la société, l’économie, la religion ou encore la politique ont eu un impact sur le développement des GenY, sur leurs réflexes primaires et sur leur vision du monde.

Les quatre réflexes de la Génération Y

« Je peux exiger »

Dans la dimension familiale, les GenY ont été parmi les premiers à voir leur mère, en plus de leur père, partir travailler. De ce fait, on les a surnommés la génération « clé au cou » : une génération qui rentrait seule de l’école, la clé du domicile familial attachée autour du cou, pour prendre le goûter et faire ses devoirs sans l’aide des parents. Les GenY ont grandi seuls, l’absence des parents étant parfois compensée par des cadeaux ou des droits que les générations précédentes n’ont pas connus. De cette expérience, ils ont compris qu’ils pouvaient exiger des autres et marchander certains droits, jusqu’à devenir des enfants-rois pour certains.

« Je ne crois que ce que je vois »

Le contexte économique dans lequel ont grandi les GenY a été marqué par le chômage, la crise du logement, voire la précarité financière. Ce contexte leur a appris à ne placer leur espoir que dans ce qui était tangible et à ne pas se projeter personnellement dans un futur incertain.

Dans leur cursus scolaire, on leur a sans cesse répété le refrain sur le vieillissement de la population. Et, avec lui, l’inquiétude liée au déséquilibre financier entre les individus actifs et les rentiers. Paradoxalement, le nombre grandissant de retraités ne leur a pas laissé présager un marché de l’emploi ouvert. Car la crise économique et l’automatisation les ont plutôt préparés à être, tôt ou tard, confrontés au chômage. Celui-ci fait partie intégrante de leurs projets professionnels, nonobstant un choix de carrière avisé et des études menant fréquemment jusqu’à un bac +5. Les générations précédentes accomplissaient très souvent toute leur carrière professionnelle dans un même lieu de travail, où une relation complice se développait avec l’employeur. Mais certains GenY ont vu leurs parents tout sacrifier à une entreprise qui finissait par les mettre à la porte à la manière d’un mouchoir usagé. Ainsi, pour les GenY, la certitude du travail ne vient que lorsqu’un contrat est signé entre les deux parties et, même ainsi, elle ne s’envisage pas à long terme.

En plus de cette incertitude professionnelle, les GenY sont confrontés à un accès limité au logement, en particulier pour les situations urbaines. L’afflux des étudiants et jeunes travailleurs dans les centres névralgiques du monde professionnel tels que les mégapoles rendent la sélection des dossiers drastique. Les jeunes travailleurs, écopant souvent de contrats de travail à durée déterminée et de situations instables, voient bien souvent leur dossier relégué au-dessous de la pile. Ici encore, ce n’est que lorsqu’un contrat est...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

Foi publique en action : comment réfléchir avec soin, s’engager avec sagesse et voter avec intégrité

Lecture libre
Article suivant

Le cœur du serviteur

Lecture libre

Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#103 - Mars 2017

Voir le magazine

À lire dans Diversité culturelle