Artisans de paix dans la situation présente

Relation avec le monde

Dans cette conférence donnée lors du Congrès de la Fédération des Églises évangéliques baptistes à Mulhouse en mai 2017, le pasteur Claude Baecher, dans la tradition mennonite à laquelle il appartient, nous enjoint à rechercher et vivre en toute chose l’initiative de la réconciliation, la culture du shalom, celle de la paix juste.

Pour lui, il y a différentes manières d’assassiner quelqu’un. Dès lors, il s’agit de veiller d’abord à ce qui se passe en nous. Il nous parle de l’impérative nécessité de nous présenter devant Dieu en bonnes relations, et de l’importance fondamentale de travailler à être un peuple de la réconciliation. À cela nous serons reconnus comme le peuple du royaume.

Jésus est le prince de la paix, et depuis qu’il est venu, cela a commencé. Cela, c’est son règne, mais aussi son mode inimaginable, pour nous humains, et tellement particulier, de conquête des relations perturbées.

Au début de son Discours sur la montagne Jésus s’est écrié : « Heureux les faiseurs de paix((Matthieu 5.9)) » ou « Heureux ceux qui font œuvre de paix ». Et il a poursuivi : « Ils seront appelés fils de Dieu ». C’est à dire qu’on reconnaîtra dans leurs actes de faiseurs de paix les marques de famille de Dieu lui-même. Jésus, dans son œuvre, ses paroles et ses actes est le portrait d’un faiseur de paix. Et à travers lui, la grâce nous est faite d’exprimer aujourd’hui encore quelque chose du Dieu aimant et passionné de réconciliation. La paix, c’est le shalom, c’est collectif, c’est la paix juste. La paix n’est pas seulement quelque chose d’individuel, mais cela a à faire avec le vivre ensemble dans la bienveillance. La paix à faire (notez le verbe) n’est pas qu’intérieure ou pour l’au-delà, ou encore réservée à un charisme qui serait particulier. Le Christ est intervenu pour que cette dimension nous touche également de notre vivant, nous, membres de l’Église de Jésus-Christ, dans l’attente de sa pleine réalisation.

Je me souviens de ces paroles de ce chirurgien chrétien, le Dr. Hans Bernath, qui avait travaillé durant 42 ans à l’hôpital de Nazareth en Israël, dont 20 ans comme directeur de cet établissement. Il disait en l’an 2000 : « En 42 ans, je n’ai jamais entendu prêcher sur la réconciliation. » C’est tout de même incroyable, non ? C’est aussi lui qui a dit ces paroles lourdes de sens, ayant assisté durant 42 ans aux événements autour de Nazareth : « Avec des armes on gagne des guerres, mais on ne gagne pas la paix. »

L’un des objectifs des cultes chrétiens est certes la prière et l’adoration, ainsi que la communion avec le Christ et les uns avec les autres, mais c’est aussi l’écoute de la Parole du Christ. Et par conséquent la formation du caractère chrétien. La formation à l’action juste. Pour cela nous comptons sur l’assistance de l’Esprit promis pour nous accompagner dans cette démarche.

La réception initiale de l’Esprit dans nos vies, vous l’aurez constaté, ne nous délivre néanmoins pas magiquement de nos anciens schémas de comportement. Et c’est vrai surtout devant l’agression. Nous sommes comme tous nos compatriotes sujets à la peur, à la colère et nous avons à faire avec nos propres violences intérieures. Nous sommes catéchisés par nos peurs de l’insécurité, plus que nous ne le croyons. Et c’est vrai pour chacun d’entre nous. Les attentats de New-York, de Paris et de Bruxelles et l’incertitude sécuritaire nous catéchisent, nous également.

Nous nous projetons volontiers dans celles de victimes potentielles : leur sentiment de colère, d’outrage, d’insécurité. Le réflexe ancien, et largement promu par les politiques de nos pays, est le désir de les éliminer de son monde : l’exclusion de l’autre qui me menace, par la déportation, la liquidation, la pulvérisation. Mais ce droit-là appartient à Dieu ! Et exclure nous-même le prochain, n’est-ce pas quelque part exclure Dieu qui cherche à gagner les situations ?

Les policiers, les gendarmes sont là aussi pour assurer un minimum de sécurité ; merci à eux, et nous nous devons tous d’être vigilants ! En tous les cas pour traiter de notre thème, il nous faut partir de la réalité des convictions, des situations et des sentiments. Et je découvre que c’est ce que Jésus le Christ a fait, tenant compte à la fois des sentiments en moi, des sentiments en l’autre, et préconisant des actes pour viser ce qu’il a appelé la réconciliation.

Le Christ nous dit, vous l’entendrez dans la lecture d’Évangile qui va suivre, de ne pas laisser les conflits s’enliser. Mais il nous invite à les traiter. Laisser les conflits s’enliser, c’est s’assurer que la qualité des relations se détériore, chacun ayant raison contre l’autre. Il nous faut pourtant revenir à ce qui nous habite tout profondément, dans nos mythes à nous. Au fond n’avons-nous pas une conviction bien ancrée en nous-même qui dirait quelque chose du genre :

  • Ah Jésus, la belle histoire… Mais l’engagement à la paix ce n’est pas réaliste, cela ne marche pas ! Le 11 septembre 2001, les attentats de Paris et de Bruxelles ont démontré que le monde est un lieu violent. Parler de la paix semble bien dérisoire devant le déchaînement de la haine et de la violence. La paix, c’est bien en théorie, mais en pratique cela ne marche pas. Ce qui marche, ce qui vraiment change les choses, c’est la force et la violence. Ce n’est peut-être pas joli à dire, mais l’expérience humaine le montre.
  • Ensuite s’engager pour la paix, c’est trop élevé pour moi. C’est fait pour des hommes et des femmes exceptionnels, des gens qui ont un pouvoir spécial et des aptitudes extraordinaires. Ce n’est pas pour des gens ordinaires comme moi.
  • Et puis, j’ose à peine vous le dire, au fond de moi, j’ai aussi de la violence. Il m’arrive d’envoyer autrui paître (du moins mentalement), et me sentir capable de bien des violences dans certaines circonstances.

Il faut entendre ces voix des nombreuses personnes qui trouvent la paix problématique. Et quand même le Christ me dit : « Chiche tout de même, je vais te montrer une voie que tu ne soupçonnes même pas ! » Alors si nous voulons faire de la place à Dieu en nous, il y a un certain nombre de cailloux qu’il faut nommer et débarrasser hors de nous, « au fond du Rhin », comme le disait le prédicateur alsacien Tauler au XIVe siècle.

Nous le verrons, Jésus nous enseigne à être les témoins d’un amour qui va plus loin que l’amour des personnes de son propre clan, plus loin que la réplique ou la vengeance. Pour cela je lirai un extrait de son enseignement dans l’évangile selon Matthieu, au chapitre 5.21-26 :

« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : “Imbécile” sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : “Fou” sera passible de la géhenne de feu. Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel,...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#105 - Septembre 2017

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