12 août 1862. Les protestants du château de Gombervaux : des réformés aux mennonites.

12 août 1862. Les protestants du  château de Gombervaux : des réformés aux mennonites.
C’est un château du 14ÈME   siècle situé près de Vaucouleurs dans la Meuse, en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.
Cette maison forte, dont il ne subsiste guère que la façade, était dotée de quatre tours d'angle et d'un altier donjon-porche à créneaux.
En 1367, le roi Charles V et le duc de Lorraine y signent le traité de Vaucouleurs. Charles V souhaite renforcer la sécurité sur les frontières de l'est pour mieux se consacrer à la guerre contre l'Angleterre. Le roi veut empêcher les guerres privées auxquelles se livrent les seigneurs féodaux et qui déstabilisent la région. À cette occasion, un fastueux banquet aurait eu lieu au château de Gombervaux, avec la participation de Taillevent, premier queux royal.

Le château de Gombervaux situé à 4 kilomètres de mètres de Vaucouleurs fut la résidence principale de Jean Des Salles (1540-1575), noble protestant de Lorraine.
À la mort de son père en 1560, Jean Des Salles reçoit en partage, entre autres, la seigneurie de Gombervaux-Ugny.  Jean s’attache au service du roi de France, Charles IX, qui le fait gentilhomme de sa Chambre et gouverneur de Vaucouleurs. Il adhère aux idées de la Réforme comme sa femme Marguerite Du Hautoy, dame de Landaville, nom de son fief familial, près de Neufchâteau. En effet, la mère de Marguerite est de la Maison des Nettancourt qui a joué, à cette époque, un rôle prépondérant dans le développement du Protestantisme en Lorraine.
Pour ramener Jean à la foi catholique, Charles IX le dépouille de sa charge de gouverneur de Vaucouleurs. Jean confie sa fonction au Seigneur d’Epiez, à condition que celui-ci la lui rende dès que ce sera possible. En 1570 est signée la paix de Saint-Germain-en-Laye, qui, entre autres avantages, accorde aux protestants leur réintégration dans les emplois dont ils ont été privés. Jean des Salles retrouve sa charge de gouverneur de Vaucouleurs.

Mais c’est l’époque du massacre de la Saint Barthélemy et Jean est forcé d’abjurer. Il revient à la cour du duc de Lorraine où il entre en conflit avec le comte Jean de Salm, Maréchal de Lorraine. La querelle se termine par l’assassinat de Jean Des Salles le 15 septembre 1575. Il survit de quelques jours à ses blessures. Marguerite l’enlève de la cour ducale et le fait inhumer à l’église castrale d’Ugny. 

La fille de Jean et Marguerite Des Salles, Guillemette, est élevée dans la foi protestante ; Elle épouse René de Beauvau,  baron de Rorthey. Le château de Rorthey se trouve également près de Neufchâteau.  C’est là que Guillemette subira un siège contre les troupes de la Ligue. Le chroniqueur écrit qu’elle y donnait asile aux Protestants de la région et à leur tête, elle se présentait courageusement à la brèche pour défendre son château qui sera néanmoins pris. Guillemette mourra dans son manoir à Abainville (près de Gondrecourt) en 1607.

Antoinette, la sœur de Guillemette Des Salles se marie à Simon de Myon (1569-1619), un protestant, Seigneur de Clérey. Le château de Gombervaux change de mains en passant entre celles de la famille des Myon.
Avec ses trois armoiries des familles protestantes du 16ème siècle, sculptées sur la façade du donjon-porche (les Des Salles à gauche, les Du Hautoy en face et les De Myon au-dessus), Gombervaux reste un des lieux de mémoire réformés les plus emblématiques de Lorraine.


Les mennonites fermiers à Gombervaux
A Vaucouleurs,  après 1820- 1830, les premiers immigrants, généralement des bergers, sont arrivés de manière isolée. Puis, autour de 1850-1860, des familles ont commencé à prendre en location des moulins ou des fermes. Pierre Kennel, est le fils aîné des Kennel, fermiers au château de Gombervaux. Il nait le 12 août 1862. Son père meurt alors qu’il n’avait que neuf ans. N’ayant pas encore vingt ans, Pierre et un ami décident d’émigrer en Amérique du nord, pour éviter le service militaire.

En 1881, il se voit remettre par le maire de Vaucouleurs les papiers nécessaires pour émigrer. Il sera le seul de ses frères et sœurs à émigrer. Son départ est pénible pour sa mère, veuve, et pour ses frères et sœurs, Elise, Benjamin, Joseph, Christophe, Marie, et Emelie.

Il espère trouver en Amérique de meilleures conditions de vie, et y reproduire le mode de vie familial. Après un voyage sans problème, ils arrivent sains et sauf au Canada, et s’établissent en Ontario. Trois ans plus tard, Pierre émigre plus au sud, aux Etats-Unis, dans le Nebraska, à Milford.

Il y épouse Katie Roth en 1887. Il a l’occasion inespérée d’acheter des terres aux Chemins de fer et devient ainsi le premier propriétaire terrien dans l’histoire de la famille.

En août 2011, 130 ans plus tard, 29 descendants de Pierre Kennel ont suivi les traces de leurs ancêtres. Un pèlerinage avec un moment de recueillement très émouvant sur la tombe de leurs arrières-arrières -grands parents, inhumés au cimetière de Vaucouleurs. Cette réunion transatlantique a permis de rassembler soixante-dix cousins et cousines. En provenance de Lorraine, mais aussi d’autres régions de France, et bien entendu des Etats-Unis. De huit états en particulier : Californie, Colorado, Floride, Illinois, Indiana, Iowa, Nebraska et Texas.

Sources :
Laurent Baudoin, Gombervaux, une forteresse au pays de Jeanne d'Arc.
« Est  Républicain », édition de  Bar le duc, 4 août 2011.

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