Le conflit, un signe de vie et de liberté ?

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Notre cerveau est composé de 100 milliards de neurones, connectés différemment selon les personnes. Est-ce étonnant de ne pas se comprendre ? Ou le prodige n'est-il pas que nous arrivions quand même à le faire ?
Le conflit, un signe de vie et de liberté ?
Comme à chaque élection, Jonathan et Nathalie partent la main dans la main au bureau de vote. L’un va voter pour un candidat de gauche, l’autre pour un candidat de droite. Ils rentrent chez eux, souriants et heureux, tout en sachant que leurs votes s'annulent ; mais ils ont la satisfaction d'avoir fait leur devoir de citoyen.
Pour Jonathan et Nathalie, il n’y a pas de conflit. Ils ont simplement des opinions différentes. Par contre, Jonathan évite de parler politique avec sa tante ; celle-ci supporte mal qu’on ne soutienne pas ses choix, et elle se fâche immédiatement.

Qu’est-ce qu’un conflit ?

Un conflit est un différend, mais tout différend n’est pas un conflit. C’est un différend impliquant une forte charge émotionnelle.
Dans tout conflit il y a trois niveaux à prendre en compte :
Le contenu, c’est-à-dire l’objet du conflit : des idées, des points de vue, des opinions, des valeurs, des traditions…
La relation, celle que nous entretenons avec l’autre. C’est la manière dont nous nous voyons et dont nous voyons l’autre.
Les émotions et les sentiments qui nous animent.
Jonathan a un conflit avec sa tante sur les questions politiques ; mais comme ils s’aiment bien, le conflit reste au niveau du contenu. Cela n’a pas de conséquence sur leur relation.

Avant tout, un problème de communication

Le contenu, la relation et les émotions sont ce qui structurent la communication, et donc le conflit, puisque tout conflit est un problème de communication.
Il est normal et sain d’avoir des opinions différentes. Quelquefois, cela peut se transformer en conflit de contenu. Cela est tout à fait normal aussi. Ce n’est pas toujours facile à vivre, mais cela fait partie de la vie.
La relation nous aide à surmonter les conflits de contenu. Je me souviens de deux amis présents dans un de mes stages qui s’étaient violemment disputés. À la fin de la matinée, ils sont partis bras-dessus bras-dessous au restaurant pour déjeuner ensemble.
Le problème commence quand le conflit de contenu devient aussi conflitde relation. Au lieu de contester les idées de l’autre, on conteste sa personne. On veut, non seulement avoir raison, mais avoir raison de l’autre.
Ainsi, il arrive que des gens qui s’apprécient beaucoup, changent totalement d’attitude à l’issue d’un conflit de contenu. C’est le cas de ces deux femmes, autrefois les meilleures amies du monde, qui ne se parlent plus depuis leur dispute il y a dix ans. Elles travaillent pourtant dans le même bureau. C’est aussi l’expérience de ces couples qui s’aimaient tendrement, et qui maintenant se déchirent devant le juge lors d’un divorce.

Des émotions difficiles à gérer

Dans les conflits, chacun :
• se sent juste au niveau du contenu (« J’ai raison… ce que je dis est logique… »)
• diabolise l’autre et altère la relation (« C’est un faux jeton », « Il est de mauvaise foi », « On ne peut pas lui faire confiance… »)
• a du mal à gérer ses émotions (« Je me sens en colère devant la mauvaise foi de mon collègue de travail, je suis triste parce qu'on s'est disputé, j'ai honte parce que j'ai été très violent dans mes réactions, etc. »).
Il est difficile de sortir de ce cercle vicieux, car il faut gérer trois niveaux du conflit en même temps.

Ne pas en avoir peur

Nous voudrions éviter les conflits. Mais est-ce possible ou même souhaitable ? Hannah Arendt nous rappelle que « c’est le propre de la pensée totalitaire de concevoir une fin des conflits. Le conflit nié est la racine des totalitarismes ». C’est pourquoi il n’y a pas de « gilets jaunes » en Corée du Nord… Mais personne n’a envie d’y vivre !
Albert Thomas, premier directeur du Bureau International du Travail à Genève, a déclaré : « Un organisme n’est vivant que dans la mesure où il provoque involontairement ou non, des conflits. »
Ainsi donc, le conflit est un signe de vie et de liberté. Il ne faut ni en avoir peur, ni espérer qu’il ne se produira pas.
L’essentiel est d’apprendre à le reconnaître, à le gérer, à maintenir la relation avec l’autre quoi qu’il arrive et, en cas d’échec, à apprendre à se réconcilier.

Les différentes sources de conflits

Les conflits d’intérêt. Il suffit de lire les journaux actuels au sujet de l’héritage d’un chanteur célèbre, décédé il y a quelques mois, pour en avoir la parfaite illustration. La famille se déchire pour des questions d’argent.
Les conflits de rôle. Roger vient d’accepter le poste de directeur d’une association. Il est chargé entre autres d'animer l'équipe des salariés. Il découvre que le président du conseil d'administration téléphone aux membres de l'équipe, les rencontre, et même modifie avec eux des décisions prises en équipe, sans le consulter.
Les conflits d’objectifs. « Deux hommes marchent-ils ensemble, sans en avoir convenu ? » rappelle le prophète Amos dans la Bible*.
Les conflits cognitifs. Ils concernent le domaine de la connaissance : questions éthiques, théologiques, politiques, les valeurs, etc. Les Églises se sont déchirées sur la question du divorce, de la régulation des naissances, du ministère féminin…
Les conflits de comportements. Jacqueline partage un bureau avec un collègue. Quand il téléphone, il parle si fort qu’elle a du mal à se concentrer sur son travail. Impossible pourtant de faire changer d’attitude son collègue.

Cette liste non exhaustive nous montre que tout peut être source de conflit dans la vie.

Christian Seytre est consultant en management.
*Amos 3.3


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