Le silence de l’Agneau, une éthique de la lumière

La vérification des faits ne devrait jamais être une occasion de s’élever au-dessus d’autrui. Pourtant, on observe trop souvent chez les professionnels du « debunking* » un ton hautain, voire méprisant. L’objectif semble parfois moins de rétablir la vérité que d’humilier celui qui s’est trompé, en le faisant passer pour un ignorant ou un crédule. Sur les réseaux sociaux, le fact-checking* devient alors un instrument de pouvoir, un moyen de gagner un « duel » numérique pour flatter son propre ego.

Pour le chrétien, cette posture est une impasse. Le discernement doit être indissociable de l’amour. Si la Vérité est une personne – le Christ – alors on ne peut pas prétendre servir la vérité en écrasant son prochain. Vérifier une information qui circule dans sa ville, son Église ou sa famille demande une immense douceur.

Il ne s’agit pas de gagner un débat sur Twitter*, mais de ramener un frère ou une sœur à la lumière. Cela signifie choisir ses mots : préférer l’explication pédagogique à la moquerie, le dialogue privé au clouage au pilori public. Comme le rappelle l’apôtre Paul, nous devons « dire la vérité avec amour (1) ». Un fait exact asséné avec arrogance risque de braquer l’interlocuteur et le pousser à s’enfermer dans son erreur par réflexe de défense. Le véritable Veilleur est un serviteur de la clarté, pas un procureur du numérique. Son but n’est pas d’avoir raison, mais que la lumière se fasse pour le bien de tous.

De la liberté d’expression à la responsabilité de diffusion

Dans le débat public, on invoque souvent la liberté d’expression comme un bouclier absolu. « J’ai le droit de dire ce que je pense », entend-on, ou « J’ai le droit de partager cette vidéo ». S’il est vrai que la liberté d’expression est un pilier de nos démocraties, elle est de plus en plus confondue avec une réalité technique radicalement différente : la liberté de diffusion massive.

Historiquement, la liberté d’expression concernait la parole individuelle. La diffusion, elle,...

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