Les limites du « Fact-checking* » : quand le remède s’égare

À première vue, le fact-checking* (la vérification des faits) semble être le rempart idéal. Des experts analysent le vrai du faux et nous livrent le résultat. Pourtant, cet outil a ses propres limites, et parfois, ses propres dérives. Le fact-checking* n’est pas une science pure ; il est pratiqué par des humains qui ont leurs propres biais.

Debunker les « debunkers* »

La vérification des fake news et le fact-checking* étaient devenus à la mode au milieu des années 2010, et de nombreuses rédactions se sont emparées de cela. La tendance a été remise en question, notamment par les GAFAM* (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui s’étaient pourtant empressés de mettre des outils de vérification en place. Sous la pression politique et par crainte d’être accusées de censure, de grandes plateformes comme Meta (Facebook) ou X ont réduit leurs budgets alloués au fact-checking* et assoupli leurs règles de modération. Ce désengagement a été accentué par le retour de Donald Trump au pouvoir, qui a validé une stratégie de « laisser-faire » des plateformes face à des pressions dénonçant une prétendue police de la pensée. De plus, soyons réalistes, ce revirement est aussi en partie un aveu d’échec. Tous ces outils n’ont pas aussi bien fonctionné qu’on aurait pu le penser. Et bien des fois les supposées vérifications ne se basaient pas sur les faits uniquement, mais laissaient aussi transparaître la couleur ou l’orientation politique de ceux qui les rédigeaient.

Ainsi, parfois, ces articles de fact-checking* affirmaient qu’une certaine information était fausse, alors que celle-ci relevait d’une opinion (certes parfois contestable), mais pas nécessairement de faits facilement réfutables. La réalité est souvent plus nuancée. Parfois, c’est le titre de l’article de vérification lui-même qui induit en erreur à cause de sa concision ou de sa volonté d’être accrocheur ; tandis que le texte en lui-même est irréprochable.

Exemple 1 : Un titre de presse titrant « Faux : ce candidat n’a pas détourné 10 millions d’euros » alors que l’article précise qu’il en a détourné 8,5 millions. Techniquement, le chiffre du titre est faux, mais le démenti donne l’impression d’une innocence totale, ce qui peut ressembler à une manipulation par omission.

Exemple 2 : Un cas d’école particulièrement révélateur s’est produit lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019. Pour lutter contre la désinformation*, YouTube avait mis en place un dispositif automatisé actif, aux États-Unis et en Corée du Sud : un bandeau d’alerte renvoyant vers Wikipédia pour donner des éléments de contexte aux événements majeurs. Pourtant, les outils de YouTube ont commis une faute d’appréciation monumentale. En détectant des similitudes visuelles (un bâtiment emblématique en flammes), ils ont associé les images de la cathédrale en feu aux attentats du 11 septembre 2001. Et ont ajouté davantage de confusion à une information censée être vérifiée. 

Exemple 3 : Même les experts peuvent être aveuglés par leurs propres biais. Ce fut le cas de Sylvain Cavalier (alias « Le DeBunKer des étoiles ») après le décès du polémiste conservateur et pro Trump, Charlie Kirk, en septembre 2025. Voulant dénoncer l’outrance de Kirk, le YouTubeur a partagé une vidéo où l’on voyait l’Américain appeler à payer la rançon de l’agresseur du mari de Nancy Pelosi, élue démocrate. Or, comme l’a démontré le travail du site Snopes, spécialisé dans la vérification des faits, la séquence était tronquée. Dans la version intégrale, Kirk utilisait l’ironie pour critiquer les politiques...

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