« J’ai 36 ans, je suis marié, voilà 25 ans que je lutte désespérément avec le porno. »
« Cela faisait déjà 10 ans que j’essayais de sortir de cette addiction avec des hauts et des bas. »
« Ça fait plus de 20 ans que je me bats avec cette addiction sans succès durable. »
« Cela faisait de trop nombreuses années que je me débattais contre la pornographie, en essayant différentes méthodes. »
« Je n’en peux plus de vivre ainsi. Le péché a tellement d’emprise sur moi que je ne culpabilise presque plus. Je suis tellement loin. Et j’ai tellement envie de partir. Je pense de plus en plus au suicide. »
Ces bribes de témoignages sont le reflet de situations que vivent de nombreux hommes, jeunes et moins jeunes, célibataires ou mariés, tous attachés aux fondements spirituels de la Bible.
Ils sont accablés, en quête désespérée d’une aide, d’une solution en laquelle ils ont parfois du mal à croire tant ils ont cultivé la chute et l’échec.
« Je ne sais plus quoi faire », « j’ai tout essayé », « vous êtes mon dernier espoir ». C’est ainsi qu’ils formulent leur SOS de la dernière chance comme se confrontant à la pensée d’une condamnation imminente si rien n’est fait.
C’est tantôt une expression de honte, de confusion, tantôt le bruit des larmes ou un silence assourdissant qui est exprimé lorsqu’ils évoquent ce qu’ils vivent au plus profond d’eux-mêmes.
Si j’ai décidé en août 2020 de leur proposer le dispositif LibertéXXL, qui n’était à l’origine qu’un espace d’écoute, c’est parce que j’ai vécu une situation similaire et que je suis passé par les mêmes phases d’interrogations et de désespoir. C’est aussi parce que j’ai pris conscience que mon cas était loin d’être isolé et que ne rien faire serait de la non-assistance à personnes enchaînées.
Quand on parle de pornographie, on s’attaque à une montagne. Il est vrai que le défi est énorme et écrase par son volume mais il est important de le comprendre pour mieux appréhender la souffrance qu’il peut procurer, et identifier les leviers à actionner pour envisager de s’en sortir de manière durable.
Le faire seul est loin d’être facile, aussi un accompagnement peut prendre tout son sens et permettre de franchir une étape décisive.
DES DÉFIS DE TAILLE
Réduire l’addiction à la pornographie au seul lien irrésistible qui nous conduit à visionner du contenu à caractère sexuel serait passer à côté des dimensions de la véritable souffrance qu’elle représente.
Le défi de la complexité
Ils sont nombreux ceux qui osent poser la question du secret qui permet de décrocher de ce fléau. Ils pensent pouvoir recueillir le sésame qui leur permettra d’accéder à une délivrance durable en un clic ou un échange de messages. Or, les histoires de vie et de parcours qui, un jour, ont inclus la pornographie, montrent bien la complexité qui s’y rattache.
Le phénomène cache-cache
On peut lire sur certains panneaux qu’un train peut en cacher un autre. Cette formule s’applique en disant qu’une addiction cache d’autres problématiques qu’il va falloir identifier, discerner pour aller plus loin dans la démarche. C’est l’effet « iceberg ». Les véritables questionnements se dissimulent dans les profondeurs et dans l’obscurité. Il sera alors essentiel d’entreprendre des séances de plongée sous-marine pour envisager, à terme, une sortie de crise. Cette exploration permet d’avoir une vision plus précise des raisons qui conduisent à poursuivre un visionnage de porno qui va créer un lien puissant.
L’effet esclavage
La pornographie conduit à un mode de fonctionnement dirigé par la recherche de plaisir, tel que l’apporte l’éjaculation de manière éphémère et pas toujours intense. Les hommes agissent comme commandés par un maître qui dicte leur comportement, les réduisant à l’état d’esclaves, allant même jusqu’à neutraliser leur capacité à penser et à réagir. Celui qui y a touché et vécu « l’hypnose » que peut provoquer le visionnage de contenu porno, a certainement expérimenté la phase où le cerveau se met sur la position « off », quasi incapable d’opposer un raisonnement. Le pouvoir manipulateur des images est bien réel.
L’empreinte carbone
L’impact du porno n’est pas négligeable sur notre propre existence (développement de sentiments négatifs…), sur nos relations (couple, travail, amis, sexe opposé…), sur nos performances (travail, vie sexuelle…), sur nos conceptions de vie (satisfaction de besoins, rôle de la femme…) ou encore sur nos rapports sexuels (envie, comportement…). Ce sont les « soft impacts ». Mais il faut garder à l’esprit que l’abus de certains pornos peut conduire à la naissance d’actes déviants, certains relevant du code pénal. Cela peut aller de la fréquentation de prostituées, d’escort girls, au viol ou à l’abus sur mineurs. Il ne faut pas sous-estimer l’influence d’une telle consommation.
On peut parler d’empreinte, car le dommage subi ou vécu a des conséquences durables (de quelques mois à de nombreuses années), et seule la mise en place d’un dispositif de « dépollution » peut aider à la réduire et à envisager son départ progressif.
La ressource
Au début, et surtout lorsque nous découvrons notre capacité masturbatoire, nous nous régalons de contenus à caractère érotique ou pornographique qui vont se graver dans notre cerveau. Certains diront que c’est un jeu, de la curiosité, histoire d’expérimenter la sexualité ou de faire comme les autres. Ce qui semble anodin et que nous pensons maîtriser, va constituer en nous une collection de ressources bien ancrées. (Plusieurs témoignages d’hommes ayant 10 à 15 ans de souffrance à leur actif font état d’un premier contact au cours des années collège, vers l’âge de 12 ans). Cet équipement documentaire intégré dans le cerveau prend le relais et nous y faisons appel mentalement lorsque nous n’avons pas d’outils numériques (smartphone, ordinateur, revues) à disposition. Il nous suffit de fermer les yeux pour faire de nos paupières une toile de cinéma sur laquelle nous projetons nos propres films. Nous avons cette facilité, par un simple isolement, à devenir des metteurs en scène en puissance de films pornos qui vont pouvoir recourir à des enregistrements pour composer les scénarii de notre imagination.
Certains hommes mettent en avant la seule pratique quotidienne de la masturbation et insistent sur le fait qu’ils ne regardent pas régulièrement du porno. Et c’est vrai, ils ne visualisent pas un contenu externe mais alimentent leur excitation par un contenu interne accumulé pendant des années.
Les casses
Cette consommation est dopée par des événements qui marquent notre vie et qui, parfois, laissent des traces. Ils jouent un effet starter ou carburant jusqu’à la rendre régulière s’ils n’ont pas été pris en compte.
Ces événements peuvent être des traumatismes, frustrations, conflits, stress, ruptures, défauts d’affection, maladies ou handicaps dont nous aurons négligé le traitement. Il y a parfois des morceaux à recoller, des pans de vie à recoudre. Ce sont des réparations nécessaires qui vont contribuer efficacement à se dégager des griffes du porno qui agit alors par compensation.
Le défi de la liberté
Être libre...