La conversion a-t-elle lieu en intégralité à un moment donné ou peut-elle être un processus ? Cette question peut se poser sous différents angles. Les sciences bibliques s’appliqueront à analyser les parcours des personnages bibliques, d’Abraham aux apôtres. La dogmatique vérifiera quel système est cohérent à partir des éléments de réponse présents dans la Bible. La psychologie et la sociologie des religions tenteront de cerner les parcours des personnes qui disent avoir vécu une conversion pour analyser leur cheminement et vérifier comment cela se déroule dans la pratique. Si ce dernier angle est peut-être le moins souvent considéré, il est pourtant complémentaire. Il est possible de recourir aux sciences humaines pour interroger les vérités absolues et découvrir de nouveaux angles jusqu’alors inexplorés sur la manière dont l’Évangile rencontre la réalité. C’est l’approche choisie par Marie-Noëlle Yoder dans l’article qui suit.
La psychologie des religions est fascinée par le sujet de la conversion et étudie cette question depuis une centaine d’années. Cet intérêt vient du fait que la conversion touche une question existentielle pour quiconque s’intéresse au fonctionnement humain : « Que faut-il faire pour que les gens changent ? » Pasteurs, évangélistes mais aussi médecins, psychothérapeutes, juges et bien d’autres seraient assurément intéressés d’avoir une réponse à cette question ! Lorsque l’on parle de conversion, il ne s’agit pas de la petite modification de comportement qui suit les résolutions de nouvelle année, mais d’une transformation radicale et profonde de l’identité. Celle-ci est l’œuvre de l’Esprit, rajouteront les chrétiens. Au sujet de la conversion, la Bible souligne que l’homme a sa part et que Dieu a la sienne sans jamais préciser exactement comment elles s’articulent. L’Esprit de Dieu est à l’œuvre à travers nos fonctionnements psychiques et il peut se révéler au sein même des fonctionnements qu’il a créés. C’est l’un des aspects de la création de l’être humain par Dieu et donc d’une anthropologie bibliquement fondée. De nombreuses questions ayant trait à la conversion mériteraient d’être traitées de manière approfondie, mais je me limiterai, ici, à celle du processus de conversion qui demande à être considéré dans sa globalité.
La conversion, un accent évangélique
Pour les Églises évangéliques, « la conversion est l’expérience de mutation forte à l’origine de la vie chrétienne authentique((H. Blocher, Conversion, in Dictionnaire de Théologie Pratique, sous dir. C. Paya, Charols, Excelsis, 2011, p. 198-205.)) ». L’accent sur la conversion, « le conversionnisme((Selon la typologie de David Bebbington.)) » est un des points caractéristiques des Églises évangéliques, c’est dire l’importance du sujet. Le CNEF, sur sa page Internet « Que croient les évangéliques ? » la décrit comme un « choix personnel et un engagement individuel((« On ne naît pas évangélique, on le devient par choix personnel et engagement individuel. C’est ce qui explique l’importance accordée au baptême d’adulte. Celui-ci est l’expression publique d’une foi vécue et assumée, à l’opposé d’une simple tradition. »)) » dont découle naturellement un baptême d’adulte. L’accent est placé sur la réponse humaine personnelle qui est vue comme un choix individuel qui touche tous les domaines de la vie : l’intellect, les émotions, la perception du sens de la vie et la vie relationnelle. En se convertissant, le chrétien fait le choix d’entrer dans une relation privilégiée et réconciliée avec le Dieu de Jésus-Christ, mais aussi dans une communauté de foi : l’Église. Dans les milieux évangéliques, cette expérience est celle qui garantit l’authenticité de la foi : un chrétien converti est considéré comme un « vrai chrétien » par opposition à ceux qui s’identifient au christianisme uniquement en tant que tradition religieuse. La conversion est vue comme une démarche dynamique et active : le chrétien renonce à être son propre maître et choisit de se soumettre à la volonté de Dieu pour sa vie en accueillant l’amour de Dieu et en acceptant le pardon de ses péchés. Cette conversion peut être l’expérience de personnes qui ont grandi dans les milieux chrétiens, mais aussi de personnes extérieures, avec ou sans autre religion, qui ont été touchées par le message de l’Évangile.
La conversion implique une rupture
Quand on demande à quelqu’un de raconter sa conversion, c’est-à-dire son « expérience de mutation », que veut-on dire précisément ? Le point culminant de sa décision pour Dieu ? Ou un récit revisité de sa vie qui met en lumière le cheminement qui s’est opéré ? Il n’est pas rare de rencontrer des chrétiens capables de donner la date exacte du jour où ils se sont convertis. Certains disent qu’ils ont été « sauvés » ce jour-là. Ils peuvent parfois même donner l’heure et l’endroit précis où ils se trouvaient. Ils décrivent leur vie d’avant la conversion de manière détaillée, parlent du pardon reçu pour leurs péchés et le contraste avec la vie nouvelle est saisissant. Avant il y avait les ténèbres, le péché, la violence, la haine ; et après : la lumière, le pardon, la paix et l’amour. Leur témoignage de conversion suit les grandes lignes de celui de l’apôtre Paul (Ac 9.3-19) et témoigne d’une intervention extraordinaire et massive de la part de Dieu : une lumière éclatante, une chute et une voix audible par tous qui conduit à un changement radical. En un instant, Saul qui persécutait les chrétiens, est devenu l’apôtre Paul qui sera une bénédiction pour l’Église et la propagation de l’Évangile. Cela arrive encore aujourd’hui que la rencontre avec Christ provoque un...
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