La manipulation mentale et les Églises Évangéliques

Vie et gestion de l'Église

Le texte suivant a d’abord été donné par Louis Schweitzer comme conférence dans le cadre de l’Assemblée Générale de l’Alliance Évangélique de France, en mars 2001. Si certaines des questions qu’il traite sont datées, le problème abordé garde et gardera longtemps sans doute toute sa pertinence.

La crainte des sectes tient aujourd’hui une place importante et reconnaissons-le légitime dans l’opinion publique. Non seulement les associations de lutte contre les sectes travaillent activement, mais les élus, certainement en partie par souci de leur électorat, ce qui est normal, mais aussi en fonction des responsabilités qui sont les leurs, proposent des solutions. C’est dans ce contexte que certains ont envisagé de placer la notion de manipulation mentale dans le cadre de la loi. Les quelques réflexions qui suivent ne se veulent bien sûr aucunement juridiques. Elles veulent simplement envisager certains aspects de la question d’un point de vue théologique et pastoral afin de tenter une évaluation du bien fondé de cette approche du problème.

Le délit de manipulation

Il faut d’abord constater que l’impression de beaucoup – à tort ou à raison – est que l’arsenal juridique ne permet pas aujourd’hui de lutter efficacement contre les sectes et certaines de leurs entreprises. Il est facile et fréquent de remarquer que des personnes fragiles, jeunes ou en crise, sont particulièrement visées et accessibles au discours des sectes. Qu’elles soient spécialement vulnérables, cela est naturel, mais on soupçonne certains d’employer des méthodes qui assureraient une main mise du groupement religieux sur ces personnes dont les moyens de défense sont temporairement affaiblis. Ces méthodes dérivent de celles employées pour la vente ou la publicité qui utilisent des moyens psychologiques pour accrocher et garder le client visé.

Les associations décrivent longuement les méthodes employées. Comment, selon elles, repérer la manipulation mentale ? Voici certains signes qui permettent de la suspecter :
• Une relation forte d’autorité
Des règles strictes, une hiérarchie très affirmée, des doctrines déstabilisantes qui ne permettent aucune remise en question, un contrôle permanent et la peur d’être considéré comme désobéissant.
• Un sentiment fort d’adhésion au groupe
Une pression chaleureuse, le « love bombing », un vécu commun riche et régulier accompagné d’une diabolisation de l’extérieur avec la perspective fréquente de dangers imminents, et toujours la culpabilisation qui accompagne toute perspective de sortie du groupe.
 Des atteintes à la vie personnelle
Une obligation de transparence, la demande d’une obéissance infantilisante, des entraves au développement d’une vie intime, souvent une dépendance financière du groupe.
• Une coupure avec l’extérieur
Le monde extérieur est accusé de tous les maux, les relations personnelles extérieures au groupe, familiales ou amicales, sont détruites ; la personne se retrouve de plus en plus isolée.

Reconnaissons que...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#43 - Mars 2002

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