Être pasteur est un exercice difficile et nombreux sont ceux qui arrêtent en cours de route. Étienne Lhermenault qui enseigne à l’Institut Biblique de Nogent après avoir été pasteur et secrétaire général de la Fédération Baptiste, nous fait profiter de son expérience. Ce texte décrit avec honnêteté une situation préoccupante et propose avec sagesse des pistes de solution.
[L’essentiel du contenu de cet article a déjà été publié en deux parties. Dans les « Cahiers de l’Institut Biblique » (octobre 2009) pour la première et dans Infos-FEF (1er trimestre 2010) pour la seconde. L’ensemble a été légèrement augmenté pour les besoins d’une intervention publique ultérieure de l’auteur (séminaire du RESAM en mars 2010).]
Entre un oncle, Daniel Lhermenault, qui a effectué tout son ministère dans la seule Église évangélique baptiste de Roubaix (37 ans env.) et des collègues missionnaires américains qui me parlaient de 5 ans comme d’une période bien longue dans un même lieu, j’ai appris que la notion de durée dans le ministère était bien relative d’une culture à l’autre, mais aussi d’une personne à l’autre.
Ceci étant précisé, et j’y reviendrai dans mon propos, il y a globalement dans la société un phénomène de mouvement dans la vie professionnelle auquel n’échappent ni les Églises, ni ceux qui les servent. Par « mouvement », j’entends que la probabilité de faire toute une carrière dans une même entreprise et même dans une même ville devient faible. Ce « mouvement » s’est aussi accéléré chez les pasteurs dans la mesure où la durée moyenne d’exercice du ministère dans une même communauté est passée en un siècle, un siècle et demi, de toute une vie à une petite dizaine d’années. Ce phénomène me semble toujours en cours dans la mesure où j’ai l’impression qu’on est passé en 25 ans d’une perspective habituelle de 10 à 15 ans dans un même poste à une perspective de 5 à 10 ans. Le phénomène est particulièrement sensible en mission où l’on surfe sur la vague du très court terme en valorisant des séjours de quelques semaines à 2 ou 3 ans.
Cette « accélération » du rythme de service s’accompagne par ailleurs d’un abandon croissant du ministère pastoral qui prend des formes diverses : abandon pur et simple, réorientation dans le ministère, changement significatif d’union d’Églises… Après avoir tenté de cerner la question qui nous occupe en évoquant trois problématiques : celle de la durée, celle de la vigilance et celle de la persévérance, j’évoquerai une étude de cas qui concerne l’union d’Églises dont j’ai été le secrétaire général de 1997 à 2008 avec à la clé quelques pistes pour prévenir le gâchis des trop nombreux abandons dans le ministère.
Je précise que j’ai d’abord pensé aux pasteurs rémunérés, mais qu’une partie de ce que je vais dire pourrait être adaptée aux anciens ou membres de nos conseils qui exercent une activité pastorale à côté d’une profession séculière, tandis qu’une autre devrait l’être car les problématiques ne se recoupent pas entièrement.
I – LA DURÉE, UNE NOTION RELATIVE
En réfléchissant au thème qui nous réunit, il m’est apparu assez vite que la durée en soi n’était pas un critère suffisant pour évaluer la difficulté qui nous préoccupe, à savoir les abandons en cours de ministère. Je vous propose quatre affirmations permettant de cerner la problématique de la...
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