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Le ministère pastoral féminin existe ! Que l’on soit l’un de ses détracteurs ou l’un de ses défenseurs, c’est un fait. Il y a des femmes qui exercent le ministère pastoral, seules, en couple ou en équipe. Mais comment le vivent-elles ?
À l’heure des hashtags qui ont défrayé les chroniques des médias ces dernières années et provoqué d’innombrables remous aussi bien dans les sphères ultra-féministes que dans les milieux conservateurs, où se situent les combats que livrent ces femmes pasteures ? Peut-on trouver des spécificités à leurs ministères par rapport aux ministères pastoraux classiques, c’est-à-dire masculins ? Cette question rendant un son disgracieux, comme la touche d’un piano désaccordé (puisque dire qu’il y a un ministère pastoral féminin, c’est dire également qu’il y aurait un ministère pastoral masculin, ce qui semble tellement hors de sens) il faudra commencer par l’essentiel, c’est-à-dire par ce qui fait toute la différence entre les deux types de ministères, le terme féminin !
Féminin : adjectif déterminant ce qui est propre et particulier à la femme. Sur mon blog, Servirensemble.com, j’ai fait la recension d’un livre((https://servirensemble.com/2018/08/30/quand-une-egalitarienne-valorise-un-livre-complementarien/)) qui affirme qu’un ministère féminin ne peut être vécu que lorsqu’une femme accepte de ne pas faire partie d’un cercle de direction, mais d’être dirigée par un homme ou un groupe d’hommes. Alors seulement il y a un ministère féminin biblique ; alors il y a un ministère qui procure paix et harmonie aux femmes.
Je suis donc clairement hors-cadre puisque je suis femme et pasteure, et c’est bien à partir de ce hors-cadre que je réfléchis et que je vous propose de passer premièrement par mon expérience personnelle pour arriver à une réflexion sur « ce qui coince encore » et qui permet de dégager les axes à favoriser pour un 21e siècle qui s’interrogerait sur le ministère pastoral tout court…
A. Expériences personnelles et autres déconvenues…
Je viens de changer de lieu de ministère l’année dernière. Les temps de « mouvements pastoraux » sont adéquats pour dresser des bilans, parait-il, mais j’ai beau me triturer le cerveau, je suis incapable de dire si les actes que j’ai posés, si les accompagnements que j’ai mis en place, les prédications que j’ai apportées, sont plus de l’ordre du féminin que du masculin ou l’inverse. En ce qui me concerne, j’ai vécu et je vis bien un ministère pastoral tout court. C’est-à-dire que je prends soin d’un petit troupeau que le Seigneur et une fédération d’Églises m’ont confié. Je cherche de toutes mes forces, de toute mon intelligence, de toutes mes pensées et de tout mon cœur à l’aimer comme le Seigneur lui-même l’aime, à lui annoncer tout le plan de Dieu pour lui et à pourvoir à ce dont il a besoin pour sa croissance aussi bien qualitative que quantitative. Mes collègues masculins font de même. Et lorsque nos manières d’agir sont différentes, cela ne me semble pas être le fruit d’un ministère masculin par opposition à un ministère féminin, mais bien plus à des caractéristiques individuelles.
Mon ministère précédent recouvrait des réalités présentes dans un grand nombre de ministères de mes collègues masculins : l’enseignement à la fois théologique et concret ; la formation et le coaching de projets, ou des jeunes ; l’accompagnement spirituel personnel. Ces trois axes de travail baignent dans une dernière caractéristique peut-être plus personnelle : le désir d’accueillir les autres de manière inconditionnelle, de les écouter et les aimer tels qu’ils sont tout en les invitant à aller de l’avant. Si ces caractéristiques sont souvent qualifiées de féminines, sont-elles pour autant l’apanage exclusif des femmes ? Jésus les a mises en œuvre sans cesse et certainement d’une manière plus parfaite que moi ou que n’importe lequel de mes collègues, qu’ils soient masculins ou féminins !
Cependant, si aujourd’hui la très grande majorité de mes collègues masculins à la Fédération baptiste sont d’accord avec moi pour reconnaitre qu’il n’y a pas ou très peu de différences entre leur ministère et le mien – sauf à parler de ces caractéristiques individuelles – de nombreuses personnes considèrent encore le ministère comme étant réservé aux hommes et c’est avec elles qu’il est difficile de « vivre » le ministère pastoral lorsqu’on est une femme. Je vais rapidement faire le tour de certaines de ces difficultés.
1. Des silences aux agressions
Les opposants aux ministères pastoraux féminins dénient aux femmes le droit à l’exercice d’une autorité quelconque. Pour eux, le rôle de la femme est celui de la soumission, et c’est la bonne réalisation de ce rôle qui permet à l’homme de vivre harmonieusement son propre leadership((C’est par exemple la thèse de John Piper et Wayne Grudem dans : John PIPER et Wayne GRUDEM, Recovering biblical manhood and womanhood: a response to evangelical feminism, Leicester, Crossway Books, 1991.)). Je me souviens que, lors des tours de table dans une pastorale locale, un pasteur se mettait régulièrement à souffler lorsqu’arrivait mon tour de parole. Ces manifestations d’exaspération ne semblaient gêner personne, sauf moi. Je me suis un jour arrêté brusquement de parler pour le regarder en face et lui demander s’il y avait un problème ! Confus, il a répondu « Non ». Mais à partir de ce jour-là, ses apparitions à la pastorale sont devenues épisodiques, puis ont cessé. Bien plus tard, le problème de la présidence de la pastorale ayant été mis sur la table,...
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