Fondements bibliques et théologiques de la coopération en Église et enjeux pratiques

Vie et gestion de l'Église
Dans une forme développée d’un exposé apporté dans le cadre d’une pastorale des Églises mennonites de France((Cet article provient d’un exposé présenté lors de la pastorale d’été en août 2022 au Centre de Formation du Bienenberg.)), l’auteur prend à bras le corps la notion de « coopération » pour l’appliquer à la vie et au travail de l’Église. Il affirme, selon les Écritures, que l’appel adressé à l’Église, y compris aux pasteurs, est de former une communauté participative reflétant le Dieu trinitaire. Ce cadre permet de fonder la coopération en Église. L’auteur poursuit en déclinant des enjeux pratiques de la coopération, tels que le besoin de rôles reconnus, la place réelle de chacun, le travail demandé, les outils utiles, les attitudes intérieures et extérieures nécessaires.

Il y a quelques années lors d’une pastorale des Églises mennonites de France, nous avons expérimenté le « jeu de la rivière toxique ». Il s’agissait de traverser en équipe une rivière imaginaire, à l’aide de grands coussins sur lesquels se réfugier à trois au maximum, de les déplacer peu à peu, sans que personne ne tombe à l’eau, ni qu’un soliste ne la joue « perso », pour finalement parvenir tous ensemble sur l’autre berge… Une belle expérience de coopération sous forme de jeu !

Pour apprendre la coopération en Église, je recommande la pratique des jeux coopératifs ! Il s’agit de jeux dans lesquels « tous les joueurs gagnent ou perdent ensemble. Au lieu de jouer en opposition les uns contre les autres, les joueurs jouent conjointement ou ensemble pour réaliser un ou plusieurs objectifs communs, hors de tout esprit de compétition((https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_coop%C3%A9ratif_(jeu), consulté le 13/07/2023.)). »

Les jeux de coopération sont riches en enseignement : besoin de se concerter et de se parler ; écoute des uns et des autres ; nécessité d’avancer ensemble, sans électron libre ; place aux idées nouvelles, voire hors du cadre ; sagesse pratique et expérience bienvenues ; révélation des personnalités ; révélation des compétences ; besoin de clarté dans la méthode ou le processus ; besoin de coordination…

Dans la vie réelle, coopérer dans le cadre de la vie d’une Église ou d’une équipe pastorale ressemble peut-être parfois à un jeu mais, d’autres fois, représente plutôt un poids. Faire seul et vite paraît plus simple et préférable.

Pourtant, il me semble que si l’on prend au sérieux d’une part la dimension nécessairement communautaire de l’Église voulue ainsi par Dieu et d’autre part la collégialité des responsables pastoraux, écho de la vie communautaire, la coopération et le travail en équipe font partie des modes opératoires d’une « Église participative((Je me situe dans une compréhension (anabaptiste) de l’ecclésiologie qui considère l’Église comme une communion appelée à refléter à sa mesure la communion du Dieu trinitaire.))», à savoir une compréhension de l’Église qui s’ouvre en théorie et en pratique à une large participation active de ses membres par leurs dons mis au service de l’édification de l’ensemble.

Une telle vision de l’Église implique la nécessité de collaborer et de coopérer. On se contente souvent de moins : par paresse, par lassitude, par cléricalisme (sans en dire le nom), par souci d’« efficacité((Il y a efficacité et efficacité… comme l’indique l’adage « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Aller plus loin peut être un objectif pour lequel la coopération est plus efficace.)) », par manque de compétences, par abus de pouvoir((Marie-Christine CARAYOL, « La coopération comme rempart à la toute-puissance dans l’Église », 3 articles sur https://servirensemble.com/?s=la+coop%C3%A9ration+comme+rempart, consulté le 14/07/2023.))… Et si la coopération réelle au sein de l’Église était la réforme à vivre encore ?

1. Définitions

Mais de quoi parlons-nous lorsque nous utilisons le vocabulaire de la coopération ? À quoi la coopération s’oppose-t-elle ? De quoi la coopération se rapproche-t-elle, et de quoi se distingue-t-elle ?

La coopération implique((Clive BEED et Cara BEED, « Jesus on Cooperation », in Transformation, vol. 32/2, 2015, p.99.)) d’abord une manière de traiter les autres qui favorise des relations harmonieuses, ce qui s’oppose à la compétition((La compétition sportive est une sous-catégorie de la compétition comme fonctionnement général, car les règles sont établies et connues à l’avance, claires, sous l’autorité d’un arbitre. Le sport est une forme régulée de compétition.)) ; la coopération implique ensuite un engagement mutuel, entre des personnes ou des groupes, à parvenir à un but commun, ce qui s’oppose à la recherche d’un but personnel ; la coopération implique enfin concrètement un travail en équipe, ce qui s’oppose à l’idée et à la pratique d’avoir un chef qui dicte et dirige les opérations et des exécutants qui appliquent les consignes reçues.

La compétition, par opposition, implique((Clive BEED et Cara BEED, “Is the Bible Value-Neutral Toward Competition?”, in Transformation, vol. 32/4, 2015, p.258.)) (1) de chercher à acquérir un avantage sur l’autre, l’avantage pouvant être une récompense ou une reconnaissance ; (2) de défaire l’autre au cours du processus ; (3) de permettre à certains participants d’atteindre le but, alors que d’autres n’y parviendront pas ; certains sont gagnants, d’autres sont perdants.

La collaboration désigne une aide ou une participation à une œuvre commune, y compris dans le cadre de relations asymétriques ou hiérarchiques, ce qui différencie la collaboration de la coopération qui implique, elle, des relations non hiérarchiques. Le mot « collaboration » semble relativement plastique, pouvant décrire des formes de participation très différentes à une œuvre commune((Le terme « collaboration » a évolué ces temps, en particulier sous la forme de l’adjectif « collaboratif », à propos du travail ou d’un ouvrage… Le sens du mot « collaboratif » semble alors se rapprocher de la définition ci-dessus de la coopération, que certains ont tendance par ailleurs à désigner comme de la délégation voire une forme de division du travail.)). Dans tous les cas, on utilise le mot « collaborateur » dans le cadre de l’entreprise, du commerce ou de la politique, tout domaine où les relations hiérarchiques sont évidentes.

La collégialité est « une forme d’organisation de l’autorité qui se vit à plusieurs. C’est une manière plurielle d’exercer le service au sein de la communauté pour éviter de donner le monopole de pouvoir à une personne((Fiche ministère des Églises mennonites de France, « La collégialité dans l’Église locale », p.1.)). » La collégialité s’oppose principalement à la direction par une personne unique. Elle implique le travail en équipe et donc la coopération, car il semble difficile d’exercer l’autorité à plusieurs, sans qu’il y ait de coopération dans la tâche à accomplir.

2. Dix affirmations sur la coopération : point de vue biblique et théologique

  1. On peut affirmer que le Dieu révélé dans les Écritures est un Dieu de coopération, comme le suggère la doctrine de la Trinité. Le Père confie une mission au Fils et le Fils agit au nom du Père. Le Saint-Esprit renvoie au Fils et à ce qu’il a accompli, et l’applique à l’Église et au croyant.

    Voici, à titre d’exemple((Autres textes, particulièrement dans l’évangile de Jean : Jn 10.25 ; 14.31 ; 16.13-15 ; 17.1-2,4-5.)), un texte avec ces paroles provenant du Christ : « Quand viendra le Défenseur, celui que, moi, je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité, qui provient du Père, c’est lui qui me rendra témoignage. » (Jn 15.26)

    Du Père provient l’Esprit, mais l’Esprit est envoyé par le Fils de la part du Père, et l’Esprit témoignera du Fils. Les « personnes » de la Trinité...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

La toute-puissance humaine : une belle imposture !

Lecture libre
Article suivant

Éloge de la répétition

Réservé abonnés

Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#128 - Juillet 2023

Voir le magazine

À lire dans Vie et gestion de l'Église