Heureux ceux qui procurent la paix dans une société fracturée 2. Dans une société fracturée

Spiritualité

Comment vivre l’Évangile de paix dans une société fracturée ? C’est le sujet que l’auteur développe dans cet article qui regroupe trois interventions données à l’occasion du Congrès des Communautés et Assemblées Évangéliques de France (CAEF) qui s’est tenu à Vichy du 7 au 9 juin 2025.

Chaque intervention, intitulée par une béatitude, présente un chemin.

Le premier vise la paix à l’intérieur de l’Église. L’auteur en profite pour préciser de quelle paix il s’agit.

Le second explore le rôle que jouent les responsables pour favoriser la paix dans les communautés chrétiennes. Il y est question des confessions de foi et de la discipline.

Enfin, le troisième nous conduit au cœur du témoignage de l’Église qui sème la paix dans le monde, avec un accent mis sur la prière pour le monde et un autre sur la formation d’artisans de paix.

Dans le premier article, nous avons vu l’ambiguïté que pouvait revêtir la notion de paix, tant dans l’histoire de l’humanité que pour les prophètes, ou Jésus lui-même, et j’ai proposé de répondre à la question « de quelle paix parlons-nous ? » en racontant une histoire, celle du salut, celle de la relation entre Dieu et le monde, plutôt qu’en donnant une définition formelle. J’ai ensuite abordé, à la suite de Vanhoozer, la vie chrétienne comme une improvisation qui trouve sa place dans le cinquième acte de ce grand récit. Il nous faut maintenant creuser le rôle des responsables dans ce grand récit, afin qu’ils favorisent la paix dans les communautés dont ils ont la charge.

Le rôle des responsables dans le théâtre d’improvisation

Dans le cadre de cette métaphore théâtrale, Vanhoozer dit que les responsables ont un rôle de dramaturge et de metteur en scène[1] : ils transmettent aux acteurs-disciples de leur communauté les éléments essentiels du script pour leur permettre de bien jouer leur rôle, ils leur montrent comment participer fidèlement à ce grand drame du salut, ils les aident à comprendre qui est Dieu et ce qu’il fait, ils les aident à comprendre qui ils sont et ce qu’ils sont appelés à faire dans la pièce, ils leur enseignent à discerner quelles improvisations sont en adéquation avec l’histoire de Jésus-Christ et quelles improvisations sont dissonantes avec cette histoire.

C’est en remplissant ce rôle avec humilité et fidélité que nous, les responsables, pourrons non seulement poursuivre la paix, mais aussi l’insuffler dans les communautés dont nous avons la charge. La notion d’improvisation permet de saisir que la paix pour laquelle Jésus fait de nous des artisans n’est ni une orthodoxie sèche qui dicterait à chacun exactement que faire et que dire dans chaque situation, ni un libéralisme permissif qui dévaluerait la notion de vérité pour laisser libre cours à chacun dans son interprétation de la pièce.

En musique, l’improvisation est une variation autour d’une gamme ou d’une tonalité donnée. Au théâtre, l’improvisation est un travail d’équipe à partir d’un genre (comédie, drame, tragédie, etc.), à partir d’une situation initiale, et elle est contrainte par l’univers dans lequel se déploie la scène. Pour l’improvisation qu’est la vie chrétienne et la vie de nos Églises, il en va de même : elle exige de l’entraînement (par une formation), une bonne connaissance de l’histoire passée (celle des quatre premiers actes et du début du cinquième), elle nécessite du discernement, de la créativité, et une bonne connaissance de la fin de l’histoire (le sixième acte). Le rôle des responsables est de favoriser cet entraînement, d’inciter à la sagesse, de fournir un enseignement biblique et doctrinal qui nourrit une juste confession et une bonne conduite[2].

Le rôle des responsables dans le grand théâtre de la vie chrétienne est moins de dicter un script qui dit quoi faire et quoi dire à chaque instant, que de former les disciples pour les rendre capables d’être de bons acteurs.

Distinguer entre l’essentiel et le secondaire

Marcher, dans son ministère de responsable d’Église, sur cette ligne de crête d’une improvisation qui favorise la paix, entre orthodoxie sèche et libéralisme permissif, revient à s’approprier cet adage régulièrement cité : « Dans l’essentiel, l’unité ; dans les choses secondaires, la liberté ; en toutes choses la charité. » On l’a attribué à Augustin, à Mélanchton, et à Wesley. Mais il semble que le premier à l’avoir utilisé est un théologien luthérien du 17e siècle, très peu connu : Rupertus Meldenius[3]. Peu importe que vous ne reteniez pas son nom, ce qu’il faut retenir, c’est qu’il condamnait le pharisaïsme de certains théologiens de son temps, versés dans des controverses théologiques sèches. Il plaidait pour la pratique de disciplines spirituelles, pour que les théologiens et les responsables cultivent l’humilité et l’amour en même temps que la vérité, en vue d’une communion pacifique, apaisée, entre les chrétiens et entre les dénominations. C’est dans ce contexte qu’il a écrit : « Dans l’essentiel, l’unité ; dans les choses secondaires, la liberté ; en toutes choses la charité. »

Des responsables engagés sur un chemin de transformation

Le contexte dans lequel Meldenius a écrit cette phrase nous rappelle donc une vérité essentielle : être un responsable motivé par la paix nécessite d’être engagé sur un chemin...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#138 - 2026-07

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