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Comment vivre l’Évangile de paix dans une société fracturée ? C’est le sujet que l’auteur développe dans cet article qui regroupe trois interventions données à l’occasion du Congrès des Communautés et Assemblées Évangéliques de France (CAEF) qui s’est tenu à Vichy du 7 au 9 juin 2025. Chaque intervention, intitulée par une béatitude, présente un chemin. Le premier vise la paix à l’intérieur de l’Église. L’auteur en profite pour préciser de quelle paix il s’agit. Le second explore le rôle que jouent les responsables pour favoriser la paix dans les communautés chrétiennes. Il y est question des confessions de foi et de la discipline. Enfin, le troisième nous conduit au cœur du témoignage de l’Église qui sème la paix dans le monde, avec un accent mis sur la prière pour le monde et un autre sur la formation d’artisans de paix.
Introduction
Heureux ceux qui procurent la paix au sein de l’Église.
Mais de quelle paix parlons-nous ? L’histoire, ainsi que l’actualité récente du reste, nous ont montré que la notion de paix n’est pas une notion transparente. Ce n’est pas une notion qui va de soi. Nous ne pouvons pas parler de paix sans préciser ce que nous entendons par là.
Pour l’Empire romain dans l’Antiquité, par exemple, on parle de pax romana, de paix romaine, pour désigner l’absence relative de conflits au sein des frontières de l’Empire aux 1er et 2e siècles apr. J.-C., laquelle a permis un certain essor du commerce, une libre circulation des biens et des personnes. C’est d’ailleurs cette pax romana qui a permis la diffusion rapide de l’Évangile autour du bassin méditerranéen[1].
En fait, cette notion de pax romana est quasiment synonyme de celle d’Empire romain ou, plus précisément, la paix dont il est question est synonyme d’empire, autrement dit de pacification d’un territoire par domination militaire.
Et « si Pilate a permis le meurtre de Jésus, ce n’était qu’afin de garantir, selon les us de Rome, la paix et la justice en Judée[2] ».
Plus récemment : en septembre 2023, les séparatistes arméniens déposent les armes au Haut-Karabakh, territoire attaqué par l’Azerbaïdjan[3]. À la suite de cette capitulation, l’Azerbaïdjan a parlé d’une « réintégration pacifique » du Haut-Karabakh dans son territoire. Mais dans les jours qui ont suivi, les 100.000 Arméniens qui habitaient la région ont dû quitter leurs maisons pour s’enfuir en Arménie ou ailleurs[4]. Peut-on vraiment parler de réintégration pacifique et de retour à la paix dans une telle situation ?
En réalité, le caractère ambigu de la notion de paix apparaît dans la Bible elle-même, chez les prophètes de l’Ancien Testament, et même chez Jésus.
Chez les prophètes de l’Ancien Testament, par exemple. D’un côté, face aux invasions assyriennes et babyloniennes qu’il prédit, Ésaïe annonce l’espérance de la libération du peuple, et d’un monde nouveau où le loup vivra avec l’agneau, la panthère avec le chevreau, l’ours avec la vache (Es 11). D’un autre côté, on retrouve à plusieurs reprises des dénonciations de faux prophètes qui annoncent la paix pour rassurer le peuple à bon compte, et Dieu demande à ses véritables prophètes d’annoncer la ruine à venir. Ézéchiel 13.10-11 par exemple :
« Ainsi, puisqu’ils égarent mon peuple, en disant : ‘Tout ira bien !’, quand rien ne va – mon peuple bâtit un mur, et eux l’enduisent de badigeon – dis à ceux qui l’enduisent de badigeon : Il tombera ! Une pluie torrentielle arrive ; vous, grêlons, vous tomberez, et un vent des tempêtes fera tout éclater. »
En Jean 14.27a, Jésus dit :
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. »
Et en Matthieu 10.34-36 :
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère, et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. »
Heureux ceux qui procurent la paix au sein de l’Église. Oui, mais de quelle paix parlons-nous ?
Pour répondre à cette question, il me semble qu’il faut raconter l’histoire du salut. Faire le récit de la relation que Dieu entretient avec le monde qu’il a créé et qu’il aime tant. Très souvent dans l’Écriture, lorsqu’il s’agit de savoir de quelle manière nous devons être en relation...
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