Vie

Le mot de la Bible

Nous disons « la vie » au singulier. L’hébreu, lui, ne le peut pas : hayyîm est toujours un pluriel, comme si un seul mot n’y suffisait pas. En Genèse, l’homme ne reçoit d’ailleurs pas « la vie » : il reçoit un souffle de vies, nishmat hayyîm, et devient nefesh hayyah – un vivant tout entier. Or nefesh désigne d’abord la gorge : vivre, c’est avoir soif et respirer. Et le texte n’en fait pas un privilège humain : les animaux aussi sont des nefesh hayyah. 

Le grec fait des distinctions. Bios dit la durée et les moyens d’exister ; psychè, la vie que l’on peut perdre ou donner ; zôè, la vie comme principe, celle que Jean appelle éternelle – moins une longueur qu’une qualité. Trois mots grecs là où l’hébreu n’en avait qu’un. Mais ce pluriel-là, on le prononce encore en levant son verre : le-hayyim – « à la vie ! », littéralement « aux vies ».

Thibault Foulon

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