« Car là où deux ou trois sont ensemble en mon nom, je suis présent au milieu d’eux ». Cette parole dans Matthieu 18.20 est souvent citée dans les Églises. Pour se consoler du peu de monde présent à une réunion de prière, par exemple, le responsable va dire : « Qu’importe que l’on ne soit aujourd’hui que deux ou trois (ou six ou sept), le Seigneur est présent au milieu de nous, puisqu’il l’a dit dans sa Parole ».
Mais … était-ce vraiment l’intention du Christ lorsqu’il a prononcé cette parole envers ses disciples ? Voulait-il leur dire ici que quand les croyants se réunissent en son nom, il est automatiquement présent, quel que soit leur nombre ?
Christophe Hahling n’en est pas sûr. Il analyse le contexte de ce verset, à savoir l’ensemble du chapitre 18 de Matthieu, afin d’en arriver à la conclusion que la raison de la présence du Christ au milieu des chrétiens quand ils se réunissent est ailleurs.
Il nous conduit dans un travail d’exégèse qui peut servir de préparation à une ou plusieurs prédications sur la présence de Dieu dans l’Église, selon Matthieu 18.
Dans cet article, je veux revisiter la parole de Matthieu 18.20 « car là où deux ou trois sont ensemble en mon nom, je suis présent au milieu d’eux », pour découvrir un enseignement intéressant, susceptible de changer le fonctionnement de nos assemblées.
Le début de Matthieu 18 commence par une question : « Qui est donc le plus grand dans le royaume des cieux ? » (v. 1b).
Dans le texte parallèle de l’Évangile de Marc (9.33-34), il nous est dit que c’est Jésus qui a demandé à ses disciples de quoi ils discutaient en chemin (le sachant bien, étant omniscient), et que les disciples, un peu gênés, lui ont ensuite révélé leur questionnement.
Attitude de base : humilité
Nous voici en présence d’une question très actuelle ! Alors certes, il n’est pas question de nos jours d’être grand dans le Royaume des cieux, mais en général de se faire un nom, d’être quelqu’un d’important, de s’enorgueillir, de parader, de « rouler des mécaniques », que ce soit avec sa beauté ou son apparence physique, son argent ou ses possessions, ses capacités intellectuelles, techniques ou sportives, etc.
C’est alors que, pour montrer clairement qu’au sein de ses disciples, donc dans la communauté chrétienne, ce n’est pas le genre de mentalité à avoir, « Jésus appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux », et leur donne une leçon : « Vous savez, mes amis, si vous voulez entrer dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire faire partie de l’Église et accéder auprès de Dieu, il vous faut changer d’attitude, et devenir comme ce petit enfant, là devant nous. Oui, devenez humbles comme cet enfant, donc évacuez de votre vie toute prétention, tout orgueil, tout désir de vous montrer ou de vous prendre pour importants » (v. 3-5).
Le début du verset 3 dit littéralement : « si vous ne vous convertissez pas », ou bien « si vous ne changez pas d’attitude », ou encore « si vous ne vous retournez pas ». Il est donc ici question de changement de mentalité((Apparemment, la maman de Jacques et Jean, deux des disciples de Jésus, n’avait pas compris cette leçon, puisque deux chapitres plus loin, dans Matthieu 20.20-21, elle demande à Jésus que, dans le Royaume des cieux, ses fils soient assis l’un à droite du Christ et l’autre à gauche.)).
Cette prétention de briller, de « jouer au gros crac », bref d’être important, a toujours été présente dans la mentalité humaine, il y a deux mille ans comme aujourd’hui…
La communauté des croyants, l’Église, au contraire, est un lieu de simplicité et d’humilité. L’exemple de l’enfant est parlant : un enfant, en effet, quand il est jeune, ne désire pas l’autorité, ne regarde pas aux distinctions extérieures (apparence, couleur de peau, classe sociale), est libre de toute malice, est prêt à être enseigné, regarde les grands pour les imiter, et accepte volontiers de dépendre de ses parents ; une dépendance qui le rassure. Nous devons aussi savoir que dans la société antique, l’enfant n’était pas un symbole d’innocence mais de dépendance, puisqu’il n’avait ni pouvoir ni statut mais dépendait entièrement de ses parents. Ce texte nous invite donc à être et/ou devenir comme des enfants, dans le service pour Dieu dans l’Église, entre nous : « Si quelqu’un désire être le premier, qu’il se fasse le dernier de tous, et le serviteur de tous »
(Marc 9.35). Jésus lui-même nous a donné l’exemple du serviteur, dans Philippiens 2.5-8.
Voici maintenant le schéma et les mots-clés que nous voyons dans ce passage((Pour cette analyse de Matthieu 18 et ces thèmes, je dois beaucoup à un livre fort intéressant sur le sujet : Ched Myers & Elaine Enns, Ambassadors of Reconciliation, vol. I, New Testament Reflections on Restorative Justice and Peacemaking, Maryknoll, New York : Orbis Books, 2009, p.49-81, dont le titre du chapitre évocateur est : Reversing « Lamech’s Curse » ; Jesus as a Teacher of Restorative Justice (Matthew 18) (Renversement/Inversion de la « malédiction de Lémek » ; Jésus comme enseignant de la justice restaurative (Matthieu 18) )):
Accueil pour les petits (v. 1-10)
Compassion pour les perdus (v. 11-14)
Pardon pour les pécheurs (v. 15-18, 21-22 et 23-35)
Ceci implique que la communion fraternelle et l’exaucement des prières équivalent à la présence du Seigneur, et que cette présence fait d’une assemblée l’Église de Jésus-Christ (v. 19-20).
I. Accueil pour les petits (v. 1-10)
Après avoir constaté que nous devons devenir comme des enfants, dans la simplicité et l’humilité, il est maintenant question de l’accueil des « petits ». Et les « petits », ce sont non seulement les enfants, mais aussi les plus faibles que soi, les personnes âgées, les handicapés, et aussi les étrangers, les réfugiés, bref les gens qui sont plus fragiles, ou qui ont eu moins de chance que nous dans la vie, voire ceux qui ont été marginalisés par notre société parce que légèrement différents ou pas « dans le moule » du paraître, de la performance, de la réussite visible.
Le verset 5 semble clair : « celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, m’accueille moi-même », dit Jésus. Cela veut dire que si nous prêtons attention à tous ces...