1968-2016. Martin Luther King et la Bible

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Comme pour marquer son second mandat de l’empreinte de Martin Luther King, le président Obama a utilisé la Bible du pasteur baptiste pour prêter serment dessus lors de son investiture.
C’est, en réalité, une bible de voyage avec onglets que MLK emportait toujours avec lui, notamment pour préparer ses sermons et allocutions alors qu’il était pasteur à Montgomery.
Il n’y a pas que ses sermons, en effet, qui étaient imprégnés de citations bibliques.
Écoutons, par exemple, son plus célèbre discours, I Have a Dream (« Je fais le rêve ») qu’il a prononcé le 28 août 1963, à l’occasion du centenaire de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis. La mémoire collective en a retenu principalement le dernier passage, presque improvisé, dans lequel il partage son rêve, en mêlant avec grande éloquence, citations et allusions bibliques. King est alors fermement persuadé que le changement profond est à portée de main :
« Non, non, nous ne sommes pas satisfaits et nous ne le serons pas tant que “le droit ne coulera pas comme de l’eau et la justice comme un torrent intarissable” » (Amos 5.24).
« Je fais le rêve qu’un jour, chaque vallée soit élevée, chaque colline et montagne soit mise à bas, les lieux accidentés soient aplanis, et les lieux malhonnêtes soient redressés, et la gloire du Seigneur soit révélée, et tous les vivants puissent le voir ensemble » (Ésaïe 40.4-5).
Luther King fait d’autres références plus subtiles à deux autres textes bibliques :

« Ce fut comme une aurore joyeuse après la longue nuit de leur captivité »… (cf Psaume 30.5).

« Je fais le rêve qu’un jour, là-bas, en Alabama… les jeunes garçons et filles noirs pourront se tenir main dans la main avec les jeunes garçons et filles blancs comme frères et sœurs… où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les gentils, les protestants et les catholiques, pourront s’unir… » (cf. Galates 3.28).
Au fil des mois et des années, le poids du réel et la dureté des oppositions augmentent. King lit et relit la Bible et devient plus attentif encore à l’exigence de justice proclamée par les prophètes bibliques tels qu’Ésaïe, Amos et Michée. Il conjugue cette exigence avec l’esprit des Dix commandements et celui de la liberté prônée par Jésus, une liberté soucieuse de la relation au prochain.
Il conclut son discours à l’issue de la marche de Selma à Montgomery par le refrain suivant : « Combien de temps ? – Pas longtemps ! ». Il a pris en compte les difficultés grandissantes tout en confessant que son Dieu a autrefois miraculeusement ouvert la mer pour Moïse et les siens, et que ce Dieu reste le Dieu de l’espérance. Aussi demande-t-il à ses auditeurs d’avoir foi, non plus en l’Amérique, mais en Dieu seul. Son espérance se fonde alors sur l’intime conviction que Dieu tient « le monde entier dans ses mains » (paroles d’un negro-spiritual) et donne seul sens à l’histoire.
En se réappropriant la tradition biblique, King a progressivement découvert qu’un prophète est un visionnaire, c’est-à-dire un homme qui partage une vision si forte qu’elle engage le présent et l’avenir. Il rappelle qu’à ses yeux l’essentiel est de marcher à la suite du Christ pour attester que ce monde-ci n’est pas définitif, mais appelé à passer, car le Dieu de Jésus-Christ « veut faire toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21.5).
Le 3 avril 1968, Martin Luther King prononce son dernier discours public, en faisant écho à l’Exode et tout particulièrement à Moïse. Le héros est fatigué, harcelé par les pressions politiques, mais le combattant, l’homme de conviction, est debout :

« Je ne sais pas ce qui va arriver. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m’importe ce qui va m’arriver maintenant car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m’en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m’a permis d’atteindre le sommet de la montagne. J’ai regardé autour de moi. Et ce soir, je ne m’inquiète pas de rien. Je ne crains personne. Mes yeux ont vu la gloire du Seigneur. J’ai vu la terre promise. Je suis heureux. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre Promise… Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur. »

Martin Luther King a été assassiné le lendemain.
Comme tant d’autres bienfaiteurs de l’humanité, MLK a puisé son inspiration et ses forces dans le message biblique. Son espérance aussi.

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#46 - Juin 2017

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