1996. Michel Tournier
Dans son court roman, « Éléazar ou la source et le buisson », Michel Tournier met en scène une transposition du personnage de Moïse : il n’y a donc pas de suspense à attendre. Éléazar est irlandais, assistant d’un pasteur presbytérien. Responsable de la mort d’un paysan, il émigre en Amérique comme des millions d’Irlandais qui fuient la famine en 1848. La Californie sera sa nouvelle Terre de Canaan.
L’auteur donne lui-même la lecture symbolique de son ouvrage : « (…) son histoire personnelle se trouvait puissamment attirée, modelée et douée de signification par le rayonnement du destin du prophète… Il y avait une indéniable affinité entre le crime qu’il avait commis en tuant l’intendant du landlord et le meurtre par Moïse d’un Égyptien qui était en train de rouer de coups un Hébreu. Le mildiou des pommes de terre et l’épidémie de typhus et de choléra qui avaient frappé l’Irlande faisaient écho aux plaies d’Égypte. Les quarante jours d’épreuve subis sur le « Hope » répondaient aux quarante jours de jeûne de Moïse sur le Sinaï… » De même que Moïse meurt au désert (le buisson) avant d’atteindre la Terre promise (la source), de même Éléazar mourra après avoir franchi la Sierra Nevada : son épouse et ses enfants parviendront, eux, jusqu’à la grande vallée – « terre de lait et de miel » –, sous la conduite du bandit mexicain José, avatar du Josué biblique.