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Une déclaration universelle sur la laïcité au 21ème siècle, signée par 250 intellectuels de 30 pays en 2005, affirmait :
« Un processus de laïcisation émerge quand l’État ne se trouve plus légitimé par une religion ou une famille de pensée particulière, et quand l’ensemble des citoyens peut délibérer pacifiquement, en égalité de droits et de dignité, pour exercer leur souveraineté dans l’exercice du pouvoir politique. […] Des éléments de laïcité apparaissent donc nécessairement dans toute société qui doit harmoniser des rapports sociaux marqués par des intérêts et des conceptions morales ou religieuses plurielles((Collectif, Déclaration universelle sur la laïcité au XXIe siècle, Le Monde – Idées, 10 décembre 2005.)) ».
La laïcité est ainsi largement conçue comme un mouvement d’émancipation de la citoyenneté de la tutelle de la religion. Autrement dit, elle implique la nécessaire séparation de l’Église (ou des Églises) et de l’État. Et si nous réalisions un sondage dans la rue, en quête d’une définition de la laïcité, c’est probablement ce qui en res- sortirait. La laïcité est d’abord, dans les esprits, caractérisée par cette idée de la séparation de l’Église et de l’État. Pour autant, n’est-elle que cela ? Ce dispositif de séparation de l’Église et de l’État est-il la finalité ultime recherchée, ou seulement un moyen utile déployé pour atteindre d’autres buts ?
Dans un ouvrage consacré à la question((Jean Baubérot et Micheline Milot, Laïcités sans frontières, Paris, Éditions du Seuil, 2011.)), Jean Baubérot et Micheline Milot((Nous tenons ici à dire notre reconnaissance à ces deux spécialistes de la question à qui nous emprunterons un certain nombre d’éléments dans les pages qui suivent.)) montrent avec profit que, dans les divers processus historiques qui ont vu la naissance de cette idée de laïcité, le principe de séparation de l’Église et de l’État n’est venu que dans un second temps pour servir d’autres finalités premièrement recherchées dans l’Histoire. Autrement dit, ce principe de séparation, que certains auraient tendance à absolutiser et à ainsi méconnaître, n’est en aucun cas l’alpha et l’oméga de la laïcité, mais simplement un moyen dont celle-ci se dote pour servir un plus grand bien.
Les finalités visées par la laïcité : liberté de conscience et égalité entre tous les citoyens
Ce bien se décline en deux parties fondamentales et fondamentalement solidaires : d’une part, la liberté de conscience, et d’autre part, l’égalité entre tous les citoyens, par-delà leurs distinctions de foi et de conviction.
Qu’est-ce à dire ?
Après des siècles de l’histoire occidentale au cours desquels l’Église et l’État se sont imbriqués de manière inextricable dans un intérêt partagé, de nouvelles façons de penser émergent avec l’humanisme et le mouvement de la Réforme protestante au 16ème siècle. L’Église catholique n’est plus seule sur le « terrain » des idées et des croyances. Se pose ainsi une question nouvelle : comment gérer politiquement cette pluralité de conceptions émergentes ? Comment faire et comment vivre ensemble quand on ne pense plus pareil ? Du reste, est-ce possible ou envisageable d’ailleurs ?
Le premier réflexe, pour gérer cette pluralité nouvelle, a été de « confessionnaliser » les territoires. À tel prince, telle religion (Cujus regio, ejus religio). Tel est le dispositif juridique choisi lors de la Paix d’Augsbourg en 1555 pour apaiser les hostilités entre luthériens et catholiques en Allemagne. Des territoires « théologiques » marqués se forment ainsi partout en Europe. Et les mécanismes d’affrontements qui vont plonger l’Europe et l’abîmer dans de cruelles guerres de religion se mettent insidieusement en place.
L’expérience n’est ainsi guère concluante, c’est le moins que l’on puisse dire. Et pour exprimer les choses brièvement, le siècle des Lumières advient notamment en réaction à ces tristes heures de l’histoire de l’Occident. Plus jamais ça. Vient au jour...
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