Les risques du gothique
La mode gothique puise son inspiration dans deux sources principales : la musique et la littérature. Elle glorifie jusqu’à la parodie tous les clichés des films fantastiques. Le cinéma le lui rend bien : il représente toujours les héros « chasseurs de vampires » en icones de la mode gothique. Même dans sa musique, le gothique ne cherche pas, avec son atmosphère macabre, à plaire.
Une recherche authentique, de fausses pistes
C’est pourtant un réel besoin de transcendance que recherche le jeune attiré par le mouvement gothique et la version concurrente soft plus émotionnelle et colorée appelée « emo ». Leurs codes d’expression sont à l’image des cathédrales antiques. Celles-ci étaient construites pour capter la lumière et donner à l’homme un sentiment de petitesse face à la grandeur de Dieu. Leur architecture offrait aux sons une caisse de résonnance étrange. Malheureusement, cette quête d’absolu conduit rarement à trouver la lumière divine. À travers leur rébellion, les jeunes gothiques cherchent eux aussi la clarté, mais aux mauvais endroits.
Pas sans danger
Nous aurions tort de relativiser l’influence des « ténèbres ». La multiplication des profanations de tombes et la recrudescence des messes noires témoignent d’une inversion des valeurs et de l’adoption du mode de pensée de la sorcellerie la plus moyenâgeuse. Même si celle-ci se présente sous les dehors inoffensifs de livres pour enfants et « adulescents ». Des mythes modernes – comme le populaire Harry Potter – surfent sur cette mode, sans pourtant reprendre tous les thèmes chers à la littérature romantique : l’onirisme, l’amour éternel, la mort, le suicide, la solitude volontaire et les endroits désertiques, le néant des ténèbres, le flirt avec le diable et ses démons. Le gothisme et sa rivale emo mettent en danger un nombre considérable de jeunes en mal de repères. Elles les isolent socialement.
Une mode qui a un vrai impact
Un jeune englué dans une ambiance morbide, qu’elle soit musicale, littéraire ou vestimentaire, se met en danger. L’actualité en témoigne : scarifications, automutilations, tatouages, piercings – cette « haine de soi » toute de noir vêtue, adulant le suicide – met le jeune dans un danger évident qu’est le passage à l’acte.
Un chiffre rendu public en janvier 2014 attestait qu’en France, une fille sur cinq et un garçon sur dix avaient déjà tenté de mettre fin à leurs jours. Ce n’est pas en vain que la Bible recommande de fuir les ténèbres et de préférer la lumière.
Mangas. Vigilance !
L’affection exclusive pour les mangas est un autre syndrome de la perturbation « emo » ou « gothique ». Visitant ma nièce dans un célèbre centre bordelais pour jeunes suicidants, ma fille aînée et moi-même avons été frappés de constater que le manga morbide, « destroy » et « sexy » était le mode d’expression unique de ces jeunes, qui manifestaient leur goût pour la mort sur un immense mur à but « thérapeutique ». Née de la fêlure de l’âme de tout un peuple à la fin de la seconde guerre mondiale, la tristesse inhérente aux personnages de mangas, ainsi que l’attrait classique du romantisme pour l’Orient, en sont sans doute la cause.