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Au XIXe siècle, les trois grandes puissances du monde ont aboli l’esclavage. L’Angleterre en 1833, la France en 1848 et l’Amérique en 1863.
Le 4 avril 1968, Martin Luther King meurt en combattant pour la justice, la paix, la liberté et les droits civiques des Noirs. Son combat était une lutte contre les conséquences psychologiques, sociologiques, économiques et politiques de l’esclavage un siècle après son abolition… En effet, cent ans après l’abolition de l’esclavage, King constate que les Noirs ne sont pas libres, le racisme a été institutionnalisé à travers la ségrégation raciale((Martin Luther King, Je fais un rêve, Paris, Éd. Bayard, p. 63.)).
« En 1857, la Cour suprême des États-Unis acheva de la légaliser par le décret de Dred Scott, qui déclarait que le Noir n’avait aucun droit et que le respect était dû au Blanc((Martin Luther King, Black Power, Paris, Éd. Petite Bibliothèque Payot, 2008, p. 84-85.)). » Les fameuses lois Jim Crow ont suivi(1892) ((https://nofi.fr/2017/02/jim-crow-segregation-raciale-sud-usa/35768)).
Martin Luther King écrit :
« C’est pourquoi, nous sommes accourus dans ce lieu pour rendre manifeste cette honteuse situation. En ce sens, nous sommes montés à la capitale de notre nation pour toucher un chèque. En traçant les mots magnifiques de notre Constitution et notre Déclaration d’Indépendance, les architectes de notre république signaient une promesse dont hériterait chaque Américain. Aux termes de cet engagement, tous les hommes, les Noirs, oui, aussi bien que les blancs, se verraient garantir leurs droits inaliénables à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur. »
Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a failli à sa promesse, en ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple un chèque sans valeur ; un chèque qui est revenu avec la mention ‘Provisions insuffisantes’((Je fais un rêve, p. 63, 209, 210.)) ».
Alors King s’indigne, rêve et s’engage contre l’injustice et pour la paix. Il s’indigne contre le racisme, la violence et la pauvreté((Bruno Chenu in préface, In Je fais un rêve, p. 6.)). Le 28 août 1963, cinq ans avant son assassinat, Martin Luther King mène la marche contre les discriminations raciales à Washington et rêve d’une Amérique fraternelle, interculturelle où Blancs et Noirs se retrouveraient unis et libres comme le souligne cette parole qu’il prononce et qui a trouvé un grand écho dans le monde, et surtout chez l’évêque Desmond M. Tutu :
« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » Ce jour-là, le pasteur noir américain, au pied du Mémorial Lincoln, prononce devant 250.000 personnes son rêve d’humanité (I have a dream : « Je fais un rêve »)(( Béatrice Toulon, chroniqueuse rhétorique Un chef-d’œuvre de rhétorique universel () : http://leplus.nouvelobs.com/ contribution/926480-martin-luther-king-pourquoi-i-have-a-dream-est-un-chef-d-oeuvre-de-rhetorique-universel.html)), un rêve partagé qui transforma la ségrégation raciale des États du Sud en honte nationale((Ibid.)).
C’est un rêve dans lequel « les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. » C’est le rêve d’une « Communauté bien-aimée ». Un rêve où tous « les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront mettre leur main dans celle des petits garçons blancs et des petites filles blanches, comme frères et sœurs (…) Un rêve où tous « les jeunes enfants dans une société multiculturelle vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la mesure de leur caractère((Je fais un rêve, p. 67, 69.)). Car pour King, l’essentiel chez un homme ou un femme, ce n’est pas ce qu’il a de « spécifique », mais ce qu’il a de « fondamental », non pas la texture de ses cheveux ou la couleur de sa peau, mais la qualité de son âme((Op. cit., Je fais un rêve, p. 23.)).
Mais King n’a pas fait que rêver, tout au long de sa courte vie (1929-1968). Avec des hommes et des femmes Noirs et Blancs, il s’est engagé pour une autre Amérique et un monde nouveau transformé par les valeurs de l’Évangile. Avec foi, courage et audace, il a cherché à « transformer les discordes cacophoniques de notre nation en une mélodieuse symphonie de fraternité((Je fais un rêve, p. 67.)). »
L’esclavage aboli mais non détruit
À lire les journaux et à regarder la TV aujourd’hui, il nous faut constater que le racisme, cet ennemi contre lequel l’apôtre de l’abolition de l’esclavage des Noirs, William Wilberforce((Voir le film, Amazing grace réalisé par Michael Apted, 1ère sortie mars 2006.)) – les abolitionnistes Frédéric Douglas, Abbé Grégoire, Victor Schoelcher – et Martin Luther King ont combattu toute leur vie n’est pas terrassé.
Le racisme sévit encore et les préjugés de couleur ne sont pas morts. Ils vivent encore ! La commémoration de l’assassinat de King est non seulement utile, mais légitime et indispensable, car sans banaliser l’esclavage ancien dont les conséquences perdurent, il permet de rappeler que bien que l’esclavage soit aboli, il continue d’exister à travers de nouvelles formes dans notre monde moderne. Il s’est...
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