Le transfert

L'accompagnement et l'écoute

Les lecteurs des Cahiers connaissent Jeanne Farmer, psychologue et membre de l’équipe de l’École Pastorale. Spécialisée en thérapie systémique, elle rend les membres des Églises comme leurs responsables plus conscients de la manière dont les relations entre personnes fonctionnent et de ce qui peut se passer dans une communauté.


I. Qu’est-ce que le transfert ?

A. Définition psychanalytique

Le transfert est un terme tiré de la psychanalyse. Il s’agit du processus dans lequel une personne qui a d’importants conflits non-résolus avec ses parents projette les émotions et perceptions de cette relation parentale sur une autre personne, qui par certains caractéristiques rappelle le parent. Dans la psychanalyse, le psychiatre suscite exprès le transfert chez le patient, car le transfert est précisément son outil de travail. Il s’assied derrière le patient couché, hors de son champ de vision, et il parle très peu, justement pour qu’il y ait un minimum de support objectif dans la relation et un maximum de subjectivité et de projection. Ensuite, en constatant les réactions disproportionnées du sujet, le psychiatre s’en sert comme tremplin pour aider le patient à explorer l’origine de ces réactions et découvrir les conflits non-résolus du passé.

Dans mon article de juin 1999 j’ai expliqué comment ce processus de projection se déroule aussi dans des relations dans l’Église, où le pasteur et parfois d’autres responsables jouent un rôle d’autorité bienveillante, c’est-à-dire un rôle parental. J’ai donné l’explication psychologique classique de l’auteur du livre « Les Agneaux en habits de loup », avec les notions théologiques qui peuvent l’accompagner, telle que l’idolâtrie. C’est une approche qui nous met « dans la tête » de la personne qui fait un transfert sur un autre. Cela nous permet de mieux comprendre cette personne, et donc de nous rendre compte que nous ne sommes responsables, si nous sommes la cible d’un transfert, de cette énorme disproportion qui caractérise le transfert. Nous comprenons que si quelqu’un d’autre occupait notre position il vivrait probablement le même conflit, donc ce n’est pas nous personnellement qui sommes en question, ou pas entièrement. C’est déjà une bonne chose.

Mais ici j’aimerais donner un autre regard sur le phénomène du transfert dans l’Église, un regard systémique. C’est une approche qui ne nous met pas « dans la tête » de l’autre, mais qui attire notre attention sur ce qui se passe entre les personnes – entre la personne qui est en conflit avec nous et les personnes de son entourage, et entre les membres de l’Église en général. Je pense que c’est une approche qui nous donnera une vision plus large de la santé de l’Église locale, et de ces processus malsains qui peuvent de temps en temps se déclencher en son sein. Car je crois que le transfert tel qu’il est décrit dans le livre de McIntyre n’est que la forme la plus extrême d’un processus qui est en réalité très courant, et auquel nous participons tous à différents moments.

B. Définition systémique

Dans cette discussion systémique du transfert, je veux vous donner trois notions qui nous serviront d’outils de travail : la différenciation de soi, la réactivité, et les triangles.

La différenciation de soi

Murray Bowen, thérapeute familial américain, parle dans ses ouvrages de la différenciation de soi. C’est un concept qui exprime le niveau de dépendance émotionnelle qu’une personne garde vis-à-vis de sa famille d’origine à l’âge adulte....

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Les cahiers de l’École Pastorale

#43 - Mars 2002

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