Histoire du catéchuménat de l’Église ancienne à la Réforme

Le baptême

Introduction

Cet article présente un regard historique sur la préparation au baptême, c’est-à-dire la catéchèse. Une première partie commence aux premiers siècles de l’histoire chrétienne, évoquant ensuite les changements qu’apporte l’officialisation du christianisme au sein de l’empire romain et pendant le Moyen Âge. Ensuite, la période autour des réformes protestantes sera présentée, avec une attention particulière sur la remise en place du crédobaptême((« Crédobaptême » : baptême des croyants, par opposition à « pédobaptême », baptême des enfants.)) et ses implications pour la catéchèse à cette période. Il s’agit évidemment dans ces parties d’une approche synthétique qui n’entre pas dans les détails nombreux. La conclusion exprime quelques remarques sur la période actuelle.

1. Préparation au baptême dans l’Église ancienne

Dans les premiers siècles de son histoire, le christianisme est minoritaire et parfois persécuté. La plus grande partie des baptêmes se pratiquent suite à la conversion d’adultes, ce qui pousse l’Église à structurer un enseignement en vue du baptême. Les évangiles et les épîtres qui deviendront le Nouveau Testament circulent pendant cette période et, avec l’Ancien Testament, servent de base à l’enseignement. Toutefois, l’Église rédigera des textes spécifiquement dédiés à préparer le baptême. Le premier texte connu est la Didachè((Les citations de la Didachè viennent de la collection Les pères apostoliques, Paris, Cerf, 1990, 548 p.)), datant probablement de la fin du 1er siècle. La Didachè comprend trois parties dont la première sert d’enseignement aux catéchumènes.

Ainsi commence la Didachè :

« Il y a deux voies, l’une de la vie, l’autre de la mort, mais la différence est grande entre ces deux voies. »

La première voie est évidemment celle qui nous est montrée en Jésus Christ, le chemin. C’est la voie qui sera enseignée aux catéchumènes.

Cette voie est surtout un style de vie, à la suite du Christ et de ses enseignements. De nombreuses paroles de Jésus, reprises aussi par les apôtres font le cœur de l’instruction. Il s’agit d’un christianisme des Évangiles, comme c’est aussi le cas dans d’autres catéchismes de cette période de l’histoire. Une bonne partie de l’enseignement de la Didachè comporte des citations ou des paraphrases de l’enseignement du Christ ou des dix commandements :

  • « D’abord tu aimeras Dieu qui t’a fait ; en second lieu, ton prochain comme toi-même ;
  • tout ce que tu ne voudrais pas qu’il t’advienne […] ne le fait pas à autrui ;
  • bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis […] ;
  • aimez ceux qui vous haïssent […] ;
  • si quelqu’un te donne un soufflet sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ;
  • si quelqu’un te requiert pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui ;
  • à quiconque te demande, donne ;
  • tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère. »

La conversion représente un changement fondamental de vie :

  • « Fuis tout ce qui est mal ;
  • ne sois pas irascible ;
  • ne sois pas convoiteux ;
  • ne sois pas menteur ;
  • ne sois pas enclin aux murmures ;
  • sois doux ;
  • tu ne t’élèveras pas toi-même ;
  • tu fréquenteras les justes et les humbles. »

S’il est largement question de la vie du disciple en tant qu’individu, la vie communautaire et sociale n’est pas pour autant oubliée dans cet enseignement catéchétique.

  • « Tu ne feras pas de dissensions, mais tu mettras la paix entre ceux qui se disputent […] ; tu ne feras pas acception de la personne en reprenant les fautes ;
  • dans l’assemblée, tu confesseras tes manquements, et tu n’iras pas à ta prière avec une conscience mauvaise ;
  • n’aie pas les mains tendues quand il s’agit de recevoir, et fermées, quand il faut donner ;
  • ne te détourne pas de l’indigent, mets au contraire tout en commun avec ton frère et ne dis pas que tu possèdes des biens en propre. »

Cette première voie de la vie est décrite en termes de comportement et d’attitude, il en va de même pour la deuxième voie.

Mais la voie de la mort est celle-ci :

  • « Meurtres, adultères, convoitises, vols idolâtrie ;
  • assassins d’enfants, meurtriers par avortement de la créature de Dieu, qui se détournent de l’indigent, accablent l’opprimé, avocats des riches. »

Pendant les premiers siècles, le catéchuménat présuppose une période d’instruction conséquente avant le baptême((Nous suivons ici (et recommandons) l’ouvrage de Alan KREIDER, Catéchèse, baptême et mission. Leçons d’hier pour l’Église d’aujourd’hui, Charols, Excelsis, 2013 et son étude plus récente et plus élaborée, The Patient Ferment of the Early Church. The Improbable Rise of Christianity in the Roman Empire, Ada, MI, Baker Academic, 2016.)). Cela reflète le fait que la plupart des chrétiens de cette première période se convertissent à partir d’une autre manière de vivre et de penser. Être baptisé et devenir membre de l’Église était une affaire sérieuse. Il n’était pas facile d’être reçu catéchumène. L’Église n’acceptait pas tous les candidats au baptême, mais les soumettait à un examen. Souvent, le candidat était présenté aux enseignants par un sponsor ou un mentor qui accompagnera le processus entier.

« Le candidat au catéchuménat est présenté par des chrétiens, qui sont les parrains, et il est examiné par des docteurs, c’est-à-dire les responsables du catéchuménat… Si l’examen est favorable, le candidat est admis au catéchuménat, qui dure trois ans, mais peut être abrégé((Jean DANIELOU, L’Église des premiers temps – Des origines à la fin du IIIe siècle, Paris, Seuil, 1985, p.170.)).
[…] Les personnes intéressées doivent convaincre les enseignants qu’ils sont prêts à « écouter la parole », attester de leur sérieux et démontrer que leur situation de vie leur permet de comprendre et d’accepter l’enseignement de l’Église((Alan KREIDER, Catéchèse, baptême et mission, op. cit., p.28.)). »

À certains catéchumènes, on demandera de changer de métier quand leur fonction et genre de vie paraissent incompatibles ou difficilement conciliables avec la foi nouvelle et les engagements pris en présence de toute la communauté. C’est ce qui ressort d’un texte du 3e siècle, la Tradition apostolique, attribué à Hippolyte de Rome, mais traduit dans plusieurs langues et bien répandu dans les régions diverses de l’Église de l’époque((Bernard BOTTE, Hippolyte de Rome : La Tradition apostolique, Collection Sources chrétiennes, SC 11bis, Paris, Le Cerf, 2006, 160 p.)). En effet, certains métiers étaient en contradiction avec la foi chrétienne : sculpteur d’idoles, gladiateur, prostituée, et même soldat. Ces premiers chrétiens refusaient le meurtre, que ce soit la peine capitale, la guerre ou l’avortement.

Kreider fait le tour des textes catéchétiques des premiers siècles pour décrire l’enseignement...

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