L’accueil dans les Églises baptistes de chrétiens ayant d’autres convictions sur le baptême

Diversité théologique

La diversité fait partie des composantes incontournables de nos Églises évangéliques aujourd’hui. La mobilité géographique conduit des chrétiens à s’intégrer dans des Églises de sensibilités ou d’appartenances dénominationnelles différentes de leur milieu d’origine. Le renforcement de l’unité évangélique au niveau national (CNEF) permet de dépasser, au plan local, certaines barrières autrefois rédhibitoires. Le choix d’une communauté ne se fait plus forcément sur des critères dénominationnels ou doctrinaux : la qualité de la louange, de l’enseignement ou de l’accueil peuvent devenir plus déterminants que la confession de foi de l’Église à laquelle on se joint. Certaines Églises en plein essor attirent par leur notoriété ou par les prestations qu’elles offrent. À l’inverse, dans un contexte pauvre en offre ecclésiale, telle Église se retrouvera le seul lieu de communion possible pour des chrétiens d’horizons différents. Bien des implantations d’Église rassemblent, au départ, des chrétiens unis par leur désir d’annoncer l’Évangile dans leur environnement ; elles découvrent comme un vrai défi à l’unité le moment où se précisent les contours doctrinaux de l’œuvre qui se développe.

Dans ce contexte, les différences de compréhension et de conviction sur le baptême peuvent s’avérer tranchantes et blessantes pour la communion. « Il y a un seul baptême » (Ep 4.5) : que faire, alors, des différentes manières de le concevoir ? A-t-on le droit de considérer un baptême comme non-valide ? Selon quels critères reconnaître un baptême authentique ? Comment traiter un désaccord sur le baptême, entre un chrétien et une Église qu’il souhaiterait rejoindre ? Le baptême est solidaire d’une conception de l’Église, de sa nature, de son extension : des chrétiens dont les opinions divergent sur ce point peuvent-ils appartenir à la même Église ? Si l’on estime que non, n’est-ce pas survaloriser une différence au détriment de l’unité du corps de Christ, ou exclure d’une pleine communion un, ou une authentique membre de la famille de Dieu ?

1. Situations concrètes

Les Églises évangéliques se veulent des lieux d’accueil et de communion. Elles sont prêtes, dans une perspective missionnelle, à adapter leur langage et certaines formes du culte, pour favoriser la compréhension de l’Évangile et accueillir les personnes avec leur cheminement. Comment vivre l’accueil, dans les Églises professantes de conviction baptiste, de personnes converties au Christ, mais dont le parcours baptismal ou les convictions théologiques sur le baptême ne correspondent pas à la position et à la pratique baptiste ?

Les cas de figure sont multiples. Il peut s’agir :

  • De personnes baptisées dans l’Église catholique : pour certaines, simplement comme enfant, sans démarche spirituelle avant leur découverte ultérieure de la foi ; pour d’autres, avec un baptême suivi d’une confirmation spirituellement signifiante ; d’autres, encore, baptisées adultes.
  • De personnes baptisées enfant en milieu protestant et évangélique (luthériens, réformés, méthodistes, darbystes). Ces personnes ont généralement bénéficié dans leur milieu, après avoir été baptisées, d’une éducation chrétienne et d’exemples de foi qui les ont conduits à une foi personnelle, exprimée par leur confirmation ou par leur engagement chrétien d’adulte. Certaines adhèrent à la théologie de l’alliance de grâce((Cf. mon article « Un seul baptême ? » dans le présent numéro.)), mais pas forcément. L’idée du baptême comme promesse ou comme manifestation de la grâce toujours première de Dieu, couplée à la mention biblique des baptêmes de maisonnées (Ac 16.15,32-33 ; 1 Co 1.16), suffit à construire une vision du baptême comme introduisant l’enfant dans une sphère particulière de la bénédiction de Dieu. La plupart du temps, pour ces personnes, le baptême fait un tout avec l’ensemble de ce qu’elles ont reçu dans leur milieu pour les conduire à une foi personnelle : elles ne voudraient surtout pas renier un milieu ecclésial ou une famille chrétienne auxquels elles se sentent spirituellement immensément redevables.
  • Il arrive aussi que des personnes aient été baptisées sur profession de foi, mais par aspersion.
  • Dans certains cas, nous pourrons nous interroger au sujet de personnes baptisées dans le cadre d’Églises baptistes, mais dont l’authenticité de la démarche personnelle doit être vérifiée, par exemple lorsque le baptême est administré quasi systématiquement en fin de cycle de catéchèse.
  • Enfin, la question de l’accueil à la cène se pose dans certaines Églises qui la conditionnent au baptême sur profession de foi.

2. La reconnaissance du baptême

Selon quels critères évaluer la validité d’un baptême ? Les catholiques reconnaissent tout baptême d’eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit au motif qu’il n’y a qu’un seul baptême. Du point de vue baptiste, ne peut être reconnu qu’un baptême d’eau sur profession de foi en Christ par le baptisé((Les formulations néotestamentaires de baptêmes « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2.38), ou « au nom du Seigneur Jésus » (Ac 8.16 ; 19.5), ou « au nom du Seigneur » (Ac 10.48) permettent d’accepter un baptême non explicitement trinitaire, s’il confesse une foi biblique en la personne et l’œuvre de Jésus. Cette considération vise certaines pratiques évangéliques peu soucieuses de liturgie, mais bien orientées dans leur sotériologie.)).

Cet accent sur la nécessité d’une profession de foi par le baptisé dans l’acte du baptême est cohérent avec la conception professante des sacrements((Pour l’explicitation de cette conception, voir mon article « Un seul baptême ? » dans le présent numéro.)). Elle est exigeante, du point de vue des relations avec d’autres confessions chrétiennes. Mais elle clarifie aussi les enjeux : ce qui est en cause, ce n’est pas qu’un baptême soit baptiste, réformé ou catholique ; ni même qu’il soit un baptême d’enfant ou d’adulte ; ou que le baptême ait été pratiqué par aspersion ou immersion. La question-clé concerne la démarche consciente de la personne baptisée : a-t-elle, par son acte, confessé sincèrement sa foi en Jésus-Christ ?

D’un point de vue pastoral, cela nécessite l’écoute de la personne, dans l’authenticité de son cheminement spirituel. Il ne s’agit pas de plaquer sur elle une grille toute faite, mais de recevoir son récit et d’y discerner le sens qu’a revêtu pour elle son baptême, au moment et dans le contexte où il a eu lieu. Ce discernement se fait dans le dialogue : le questionnement pastoral, avec tact et respect, y a toute sa place. Certains, en effet, peuvent s’appuyer trop légèrement sur un baptême bien labellisé mais peu regardant quant à l’expression personnelle de la foi, alors que d’autres doivent être aidés à reconnaître une foi sincère exprimée par le baptême, bien que peu informée dans son contenu((Il faut tenir compte, aussi, de la tendance qu’ont certaines personnes, venant notamment du catholicisme, à rejeter en bloc tout ce qui faisait leur patrimoine spirituel dans leur contexte précédent.)). Discerner, avec la personne, s’il y a eu « profession de foi crédible((Expression souvent employée dans les discussions, et utilisée notamment par Wayne Grudem, en rapport avec la question de l’âge du baptême : Wayne GRUBEN, Théologie Systématique, Charols, Excelsis, 2010, p.1084.)) » lors du baptême : telle est l’orientation à mettre en œuvre dans le dialogue pastoral. Selon la conclusion à laquelle on arrivera, le baptême sera reconnu ou non. Cette orientation donne une place importance au témoignage de la personne, et peut sembler lier la validité du baptême à la subjectivité d’une personne et de son témoignage sur son expérience. Mais telle est la conséquence, à assumer, d’une conception des sacrements comme moyens d’expression et de confession de la foi((On peut rapprocher cette importance de la démarche personnelle de l’exigence que « chacun s’examine lui-même » quant à la participation à la cène (1 Co 11.28).)).

Selon cette critériologie, le baptême d’un jeune ou d’un adulte dans le cadre de l’Église catholique pourra être reconnu, pour autant que la démarche sacramentaire de la personne l’ait conduite à s’attendre authentiquement au Christ pour son acceptation par Dieu. Que la grâce ait été attendue du Christ par le moyen du sacrement n’invalide pas la démarche, à mes yeux, pourvu que la confiance ultime ait été dans le Christ et non dans l’acte sacramentel. Les nuances sont fines, mais nécessaires à un juste discernement.

Le même discernement s’applique à la question de l’âge de la personne baptisée. Chaque Église est appelée à établir sa propre discipline, quant aux critères d’âge et de maturité pour administrer le baptême. Ceux-ci varient selon les Églises et les contextes...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

Un seul baptême ? Les conceptions catholique, réformée et professante

Réservé abonnés
Article suivant

Histoire du catéchuménat de l’Église ancienne à la Réforme

Réservé abonnés

Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#24 - Janvier 2024

Voir le magazine

À lire dans Diversité théologique