Un seul baptême ? Les conceptions catholique, réformée et professante

Le baptême

« Une autre manière d’être chrétien en France »… C’est avec ce titre que Sébastien Fath, dans sa thèse magistrale sur l’implantation baptiste en France, dessine un espace pour le baptisme dans le contexte religieux et socio-culturel de notre pays((Sébastien FATH, Une autre manière d’être chrétien en France, Genève, Labor et Fides, 2001.)). Cette « autre manière d’être » renvoie aux contextes catholique ou luthéro-réformé au sein desquels le baptisme s’est implanté pour s’affirmer avec ses caractéristiques et son identité.

Les confessions de foi et les enseignements donnés en Église valorisent généralement, à propos du baptême, l’affirmation positive de ce qui est cru, avec son fondement biblique. Mais il est parfois difficile de trouver un cadre pour présenter, dans leur cohérence propre, d’autres conceptions théologiques sur le baptême et les sacrements. Cette démarche est pourtant nécessaire si l’on veut clarifier les enjeux théologiques, adopter un positionnement éclairé, refuser les caricatures, mettre en lumière les spécificités. C’est à cet objectif que répond cet article, appelé également à servir de fondement théologique à l’article suivant qui traitera de l’accueil, dans les Églises baptistes, des chrétiens ayant d’autres convictions sur le baptême((J’exprime ma reconnaissance à Henri Blocher et à Alain Nisus, dont les cours professés à la FLTE sur les sacrements ont richement informé ma présentation de cette partie théologique.)).

1. La conception catholique

Dans la théologie catholique, les sacrements sont des signes efficaces de la grâce. Ils confèrent une grâce et réalisent ce qu’ils représentent. La grâce du sacrement est conférée « par l’œuvre même accomplie » (ex opere operato) dans l’acte sacramentel : l’efficacité du sacrement ne dépend pas de la foi de celui qui les reçoit. Ils ne sont pas pour autant des actes magiques, dont l’efficacité serait le fruit de leur propre rituel. Car ils sont des actes du Christ : c’est lui qui agit, par le ministre du sacrement. Mais le Christ y agit toujours.

Les dispositions de celui qui reçoit le sacrement entrent en jeu : « chacun reçoit selon sa foi », affirme Augustin. Mais ces dispositions ne conditionnent que la réception plus ou moins fructueuse de la grâce. On distingue « validité » et « fécondité » du sacrement. Pour qu’un sacrement soit fructueux, il suffit qu’il n’y ait pas d’obstacle (obex) lors de sa réception. Cette formule négative permet le baptême des nourrissons. Mais même là où il y a obstacle, une réalité est communiquée par le sacrement s’il est valide : on l’appelle le « caractère ». Le « caractère baptismal » est une marque spirituelle indélébile((Cf. Canon 9 du concile de Trente « si quelqu’un dit que les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Ordre, n’impriment pas dans l’âme un caractère, c’est-à-dire une certaine marque spirituelle et indélébile, qui ne permet pas de les réitérer, qu’il soit anathème ».)). Si quelqu’un se convertit plus tard, c’est parce que le caractère baptismal reçu porte ses fruits, maintenant que l’obstacle est levé. C’est pourquoi on ne peut pas répéter le baptême.

Quel est le sens du baptême pour l’Église catholique ?

« Le saint Baptême est le fondement de toute la vie chrétienne, le porche de la vie dans l’Esprit (vitae spiritualis ianua) et la porte qui ouvre l’accès aux autres sacrements. Par le Baptême, nous sommes libérés du péché et régénérés comme fils de Dieu, nous devenons membres du Christ et nous sommes incorporés à l’Église et faits participants à sa mission : Le Baptême est le sacrement de la régénération par l’eau et dans la parole((Catéchisme de l’Église Catholique, § 1213, p.312.)). »

Les catholiques font une lecture causative des textes du Nouveau Testament qui parlent du baptême. « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Ga 3.27) signifie, pour eux, que c’est par le baptême, et en vertu de son efficacité, que l’on revêt Christ. Ainsi la théologie catholique attribue au baptême ce que la théologie évangélique attribue à la conversion et à la foi : la régénération (Jn 3.5 ; Tt 3.5), le pardon des péchés (Ac 2.38 ; 22.16), le don du Saint-Esprit (1 Co 12.13).

On précise que le baptême fait entrer dans une dynamique où la foi a sa place : il est « un appel auquel on n’a jamais fini de répondre((Louis-Marie CHAUVET, « Un sacrement majeur, le baptême », Esprit et Vie n° 250, août 2012, p.2.)) ». Cette dynamique unit baptême, confirmation et eucharistie, liés dans une même trajectoire sacramentelle. Pour ceux qui ont été baptisés enfants, la confirmation doit leur permettre d’assumer de manière personnelle ce qu’ils ont reçu. Ils expriment souvent, à cette occasion, « une démarche spirituelle significative », notamment dans une lettre qu’ils doivent adresser à l’évêque. Pour nombre de jeunes, c’est la confirmation qui a le plus de poids dans leur cheminement chrétien((Ibid, p.9.)). Mais il n’est pas question de valoriser la confirmation d’une manière qui dévaloriserait le baptême ! C’est « à proscrire sur le plan théologique((Ibid, p.8.)) ». Malgré la valeur de la démarche personnelle, « le poids théologique n’en demeure pas moins sur le baptême, même reçu bébé((Ibid, p.9..)) ».

Lorsque des adultes demandent le baptême, le temps d’initiation chrétienne est relativement long : deux ans, dans les paroisses aujourd’hui, précise Chauvet. Il est jalonné par des...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#24 - Janvier 2024

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