Baptiser un adolescent : opportunité et accompagnement

Le baptême

Introduction

Dans toutes les rencontres qu’il m’est donné de faire dans les Églises que je visite, il arrive régulièrement que des parents chrétiens me parlent de leurs adolescents en privé. Lorsqu’ils ne rencontrent pas de difficultés particulières avec ces derniers, ils m’expriment, le visage rayonnant, la joie et la satisfaction d’avoir vu leurs adolescents passer par les eaux du baptême. Quelques fois, j’ai l’impression d’assister au soulagement du marathonien qui, après avoir franchi la ligne d’arrivée, s’écroule épuisé, mais satisfait d’avoir achevé la course. Franchement, je peux comprendre, car avec mon épouse, nous nous sommes investis dans l’éducation chrétienne de deux adolescents, et aujourd’hui encore, en lieu et place, j’aurais préféré courir un marathon, même si je n’ai que peu de compétences athlétiques.

Cependant, même si c’eût été passionnant à traiter, l’éducation chrétienne n’est pas le sujet de cet article, puisque celui-ci s’inscrit dans une réflexion sur le baptême. D’ailleurs, il est arrivé à plusieurs reprises qu’après le soulagement évoqué plus haut, une ombre vienne ternir le visage joyeux de ces parents, puisqu’après avoir quitté le nid pour aborder leurs études supérieures, certains adolescents isolés, désormais majeurs, manifestent un abandon progressif des principes fondamentaux de la foi chrétienne qu’ils venaient juste d’embrasser. Dès lors, la satisfaction d’avoir vu son adolescent se décider à devenir un disciple de Christ publiquement à 15 ou 16 ans se mue en questionnement : Que s’est-il passé ? Pourquoi ce revirement ? Était-ce trop tôt ? Quelles étaient ses motivations pour demander le baptême ? Était-il prêt ? Comprenait-il l’engagement qu’il allait prendre ? Nous pourrions multiplier les questions, tant elles sont nombreuses. Mais, avant de tenter quelques réponses, je vous propose de nous remémorer plusieurs principes bibliques fondamentaux sur le baptême.

1. Le baptême

Dans ses lettres, l’apôtre Paul présente le baptême comme un acte symbolique qui exprime la mort, l’ensevelissement du pécheur crucifié avec Christ, mais aussi la résurrection, la naissance de l’homme né d’en haut (Rm 6.3-4 ; Ga 3.27). Le baptême indique donc la rupture avec le passé et l’entrée dans la sphère nouvelle de la foi et de la vie en Jésus-Christ.
De manière évidente, la mort et la résurrection avec Christ, la nouvelle naissance, la réception de la nouvelle nature qui permet une vie nouvelle est une œuvre intérieure produite en nous par le Saint-Esprit. Le baptême d’eau est donc l’affirmation et la manifestation visible de ce que le Saint-Esprit a produit au plus profond de notre être.

Le baptême d’eau n’agit donc pas de façon magique : il présuppose la foi chez celui qui le demande (Mt 28.19 ; Mc 16.16). Nous lisons à plusieurs reprises dans le livre des Actes que la repentance et la foi précèdent le baptême : les 3.000 à la Pentecôte (Ac 2.38,41) ; les Samaritains et Simon le magicien (Ac 8.12-13) ; l’Éthiopien (Ac 8.36-38) ; Saul (Ac 9.17-18 ; 22.16) ; Corneille et ses amis (Ac 10.47-48) ; Lydie (Ac 16.14-15) ; le geôlier de Philippes (Ac 16.30-34) ; les Corinthiens (Ac 18.8).

Nous pouvons donc dire que le baptême est l’affirmation et la manifestation de ce que le Saint-Esprit a produit en nous lors de la conversion. Le baptême ne crée pas la foi, mais celle-ci, comme la conversion, précède le baptême. Par ailleurs, le baptême est également un engagement, non devant un homme ou une Église, mais avant tout devant Dieu (1 P 3.21). Enfin, le baptême est aussi un triple témoignage : devant Dieu, car nous apprécions à sa juste valeur le don de son Fils Jésus-Christ ; devant le monde, car nous nous séparons de ses œuvres mauvaises et nous voulons désormais vivre pour Dieu en Jésus-Christ avec la force que le Saint-Esprit nous donne ; devant Satan, car nous ne le reconnaissons plus comme notre maître, nous ne lui appartenons plus, mais nous appartenons désormais à celui qui nous a rachetés par son sang précieux : le Seigneur Jésus-Christ.

Le baptême est donc un acte symbolique fort, manifestant à la fois l’œuvre intérieure du Saint-Esprit, un engagement et un témoignage. Par le baptême, la personne qui a répondu au don de la grâce de Dieu, s’engage publiquement à devenir un disciple de Christ et rend témoignage devant tous de l’engagement qu’il a pris en son for intérieur.

Au vu de ce qui précède, est-il possible d’affirmer qu’un enfant puisse répondre aux exigences de compréhension, de choix, d’engagement et de confession indispensables pour passer par les eaux du baptême par immersion ? La réponse est négative, même si le Saint-Esprit ne met aucune limite d’âge à son œuvre de régénération. En effet, de nombreuses personnes témoignent être nées de nouveau durant leur enfance. Et c’est non seulement heureux, mais indiscutable. Cependant, qu’en est-il de la capacité de ces enfants à s’engager ad vitam æternam à vivre en disciples de Christ ?

Il faut reconnaître que, dans la plupart des cas, cet engagement n’interviendra que bien plus tard, lorsque ces enfants convertis acquerront la maturité pour le prendre. Dès lors, si un enfant se révèle immature pour passer par les eaux du baptême, à quel âge un adolescent pourrait-il prendre cet engagement public ? Faut-il attendre qu’il devienne mature et, par conséquent, adulte pour lui permettre d’être baptisé ? Le thème de la maturité nous interroge, car il nous semble indispensable dans l’acte d’engagement baptismal. Dès lors, entre l’enfance et l’âge adulte, comment cette maturation progresse-t-elle et, surtout, quand s’achève-t-elle ?

Notre mot « adolescence » provient du latin adolescere qui signifie « grandir ». Le participe présent adulescens désigne celui qui est en train de grandir, tandis que le participe passé adultus désigne celui dont l’opération de grandir a atteint son terme. Cela constitue malheureusement tout ce que nous pouvons retenir de la sagesse des Romains car, pour eux, l’adolescence était une période de la vie qui s’étendait de 20 à 36 ans ! C’est dire si, pour la question qui nous occupe, il est essentiel de procéder avant toute chose à un balisage de l’adolescence. Cependant, pour les besoins de notre réflexion, nous nous limiterons à la fin...

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