Oser demander de l’aide
Il y a tant de situations où nous aimerions tout faire par nous-mêmes, pourtant la vie nous apprend à être dépendants les uns des autres et oser demander de l’aide.
Je repense à ma sœur qui, du haut de ses trois ans, disait très souvent « C’est moi qui fait ! », ou à mon grand-père de plus de 90 ans qui tenait à tailler sa haie lui-même sur un échafaudage branlant… Et me voilà dans une situation où je dois demander sans cesse de l’aide : la grossesse et la parentalité de jumeaux ! Adieu ma fière indépendance ! J’apprends à déléguer, à patienter, à me laisser porter par mon entourage et par les professionnels, parfois dans un sanglot de déception, parfois dans un soupir de soulagement.
Pourquoi est-ce si difficile de demander de l’aide ?
Dans nos sociétés individualistes, on imagine être heureux lorsqu’on peut satisfaire ses besoins par soi-même. Les études en psychologie montrent que cette autosatisfaction est vraiment essentielle dans notre idée du bonheur. Mais alors, qu’en est-il de toutes ces personnes qui ne peuvent pas être autonomes ? Qu’en est-il des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, d’invalidité, d’arrêt de travail, de chômage, de grossesse, de parentalité ? Sont-elles vouées à être tout le temps dans une dépendance pesante et déprimante ?
Heureusement, la réponse est non ! Les personnes limitées que je rencontre dans le cadre de mon travail de neuropsychologue témoignent qu’il y a des moments d’aigreur et d’incompréhension, mais il s’agit en fait d’une colère utile pour avoir l’énergie de surmonter les obstacles. Et surtout, il y a beaucoup de moments de bonheur lorsque l’on a besoin d’être aidé.
Le bonheur d’être aidé
En réalité, être aidé met dans une position d’humilité et de repos qui est souvent la bienvenue. Déléguer une activité permet de lâcher le contrôle permanent et illusoire que nous avons sur nos vies. Laisser quelqu’un faire à notre place, c’est accepter nos difficultés, nos défauts, nos limites et c’est prendre nos responsabilités, même quand cela blesse notre estime de soi. C’est aussi faire confiance à quelqu’un d’autre, lui montrer notre affection. Et réciproquement, cela laisse notre entourage manifester son affection pour nous. Lorsqu’on n’est plus autonome, on ouvre une porte pour inviter les autres à nous rejoindre, à prendre soin de nous. Il est bon de laisser notre aidant prendre une posture d’aimant. Oser dire « Est-ce que tu veux bien m’aider ? » est à la fois une marque de reconnaissance de nos limites et une invitation à développer une nouvelle relation d’interdépendance. Quel bon apprentissage !
Émeline Kreiss
Neuropsychologue